Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/382

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


points résistans, comment formera-t-on une somme de résistances? Or la réponse à cette question est dans l’énoncé même.

N’insistons pas. Qu’il nous suffise d’avoir indiqué brièvement par ces quelques exemples et ces premiers résultats d’une analyse plus hardie de quel côté pourraient s’ouvrir les voies de la conciliation entre des ennemis qui ont déjà cela de commun d’aimer pareillement la science et la vérité. Ces voies seraient aussi celles du progrès pour l’étude philosophique de l’univers. En y entrant avec précaution, mais avec courage et persévérance, — en joignant de plus en plus l’observation physique et physiologique à l’observation psychologique, en s’élevant ensuite aux conceptions que suggère celle-ci et que vérifie celle-là, la science de l’esprit n’aurait qu’à se prolonger elle-même pour devenir la science de la nature. Allant toujours du plus connu au moins connu, elle passerait régulièrement, sans hiatus, sans saut périlleux, de l’homme aux animaux, des animaux à la vie végétale, de celle-ci aux êtres inorganiques. A coup sûr, elle ne serait jamais une science achevée ni irréprochable à tous égards; mais cette philosophie de la nature, fondée sur l’idéalisme psychologique, marcherait d’un pas plus sûr et arriverait à des conclusions plus solides que l’idéalisme logique de Hegel et que l’idéalisme physique et physiologique des savans. On l’a vu en effet: pour féconder leur principe, ces deux idéalismes sont obligés d’emprunter à la psychologie les notions de substance et de force que la science de l’âme ne doit qu’à elle-même. La métaphysique spiritualiste possède le vrai point de départ et la méthode. Elle a aussi l’avantage de l’étendue impartiale, puisqu’elle ne supprime aucun élément fondamental de la connaissance ou de la réalité. Que lui manque-t-il donc? Un peu plus d’audace. Habile à se défendre et à conserver ce qu’elle a acquis, il lui faut maintenant un peu de cette ambition qui vise non pas seulement à protéger ses richesses, mais à les accroître constamment. Ceux qui combattent pour elle la servent bien, ceux qui cherchent pour elle la servent mieux encore.


CHARLES LEVEQUE.