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est figuré comme l’atome plein et a exactement la même figure. Est-ce d’être indivisible? Non, car il est encore plus difficile de comprendre la division de l’espace que la division des corps. En un mot, tout ce qui tient à l’étendue est absolument identique dans l’atome vide et dans l’atome plein... Examinez bien : vous verrez que ce qui distingue essentiellement l’atome plein de l’atome vide, c’est la solidité ou la pesanteur. Mais ni la solidité ni la pesanteur ne sont des modifications de l’étendue, et l’une et l’autre dérivent de la force. C’est donc véritablement la force et non l’étendue qui constitue l’essence du corps. »

S’il en est ainsi, et nous l’admettons pleinement, la matière n’a pas au fond d’autre élément substantiel constitutif que l’esprit. L’essence de l’une et de l’autre, c’est la force active. Dès lors le matérialisme n’a plus de raison d’être : il n’y a plus dans la nature, comme dans l’esprit, que du spiritualisme, ou, plus exactement, que du dynamisme. Or ce dynamisme n’a rien qui menace la dignité et la prééminence de l’âme. L’âme demeure seule capable de penser ou de vouloir, parce que seule elle est une force simple, tandis que le moindre corps est un composé de forces simples. On objectera sans doute, et M. Janet l’a prévu sans répondre toutefois à l’objection, on objectera qu’avec des forces simples, qui sont des élémens inétendus, il n’est pas possible de constituer les corps, lesquels après tout sont étendus, puisqu’ils occupent une portion quelconque de l’espace. Voici ce que, pour nous, nous oserions répondre à cette ancienne et spécieuse objection. Dans les actes de la vie ordinaire, nous avons souvent besoin de certains corps étendus sur lesquels nous puissions agir à notre aise. Ainsi, pour prendre nos repas, il nous faut des tables; pour forger le fer, des enclumes; pour travailler le bois, des établis. Avec quoi faisons-nous l’étendue dont nous avons besoin ? Toujours avec de la résistance. Ainsi, quand l’étendue n’est pas une pure abstraction, quand elle est réelle, concrète, elle est toujours équivalente à une somme de points résistans ou de forces. Il n’est pas évident, a dit M. de Rémusat, que l’étendue ne puisse être ramenée à la force. Il est permis d’être plus hardi et de dire : L’étendue peut toujours se ramener à la force. S’agit-il de supprimer une étendue quelconque qui vous gêne, c’est toujours une masse quelconque de forces que vous avez à combattre; mais si l’étendue d’un corps n’est qu’une somme de résistances, si l’étendue d’un mètre cube de marbre n’est que la totalité des résistances exercées par ce bloc à tous les points de l’espace qu’il occupe, l’objection de tout à l’heure n’existe plus. En effet, il n’y a plus lieu de demander comment avec des élémens inétendus on forme de l’étendue. Une seule question demeure possible, c’est celle-ci : avec des