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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/367

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thèse : on construit des appareils optiques dont la puissance étonne le vulgaire ; mais ce vulgaire ne serait-il pas plus surpris encore s’il savait que, pour expliquer tous les phénomènes lumineux, la science a rempli tout l’univers d’une substance, différant de toutes les substances connues, qui est partout et qu’on ne peut saisir nulle part, dont aucune expérience directe ne démontre l’existence, qui échappe à toute analyse, dont on dit enfin qu’elle existe uniquement parce qu’elle doit exister? Loin qu’une telle impuissance soit une injure pour la science, elle en rehausse au contraire la dignité: aucun de nos sens ne peut percevoir l’éther; mais notre raison le perçoit, et la science n’est pas seulement fille de l’observation, elle est aussi fille de la raison. » Même langage à peu près au sujet des atomes : « Les corps sont des nébuleuses, nous apercevons leur ensemble sans discerner aucune de leurs parties; toutes les tentatives pour chercher une limite à la divisibilité de la matière sont restées infructueuses : nous ne pouvons douter qu’il y ait des atomes; mais qui a jamais isolé un atome? » Le double aveu qu’on vient de lire n’est pas seulement sincère, il est en outre de la plus rigoureuse exactitude. Oui, chaque fois que la science positive réduite à ses propres ressources essaie de toucher le fond, le dessous de la matière, c’est-à-dire ce qui en fait quelque chose de réel, la science positive sent l’objet qu’elle poursuit lui échapper, parce que l’instrument lui manque pour le saisir. Alors elle remplace par des hypothèses cet élément intérieur et invisible des phénomènes. L’emploi de ces hypothèses n’a certes rien d’humiliant pour la science, surtout quand elle a le bonheur d’en rencontrer la vérification dans les faits; mais pourquoi la science s’obstine-t-elle à sonder le fond des phénomènes physiques? D’où lui vient cette curiosité inquiète? Ne saurait-elle se résigner à ignorer ce quelque chose qui se meut dans la lumière, qui rayonne dans la chaleur, qui, plus rapide que l’éclair, traverse la longueur immense du fil électrique? Est-ce que les savans affirment l’existence de l’éther parce que la science est fille de la raison et que la raison perçoit l’éther? Quand M. Laugel a écrit cette dernière phrase, il n’y a pas assez songé. Si la raison percevait l’éther, l’éther serait directement connu, et ce qui est connu n’est plus une hypothèse. On ne perd pas son temps à supposer ou à imaginer ce que l’intelligence a le pouvoir d’atteindre au moyen d’une perception immédiate. La cause qui pousse les savans à percer le voile qui couvre la nature de la matière est toute différente, et, selon nous, la voici.

Le physicien philosophe disait tout à l’heure d’une part que l’éther n’est qu’une hypothèse, et de l’autre qu’on affirme l’existence de l’éther parce qu’il doit exister. Ces deux propositions :