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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/243

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ou pour en faire sonner l’importance aux oreilles de la France, il n’a fallu rien de moins qu’un discours à effet de M. de Bismark. Nous sommes enchantés pour les braves Danois de cette petite satisfaction, et nous espérons que les habitans du nord-Slesvig la feront tourner au profit du petit royaume Scandinave. En finissant ses explications rétrospectives sur le conflit dano-allemand, M. de Bismark a donné quelques explications sur sa politique étrangère. Ses observations relatives à la France ne sont point d’une complète aménité ; la péroraison du discours qui invite tous les partis prussiens dans le parlement à cesser leurs contestations et à regarder du côté de l’étranger en se serrant les uns contre les autres fait image, et semble être en harmonie avec l’humeur maussade qui s’est emparée des gouvernemens européens.

Faut-il, à propos des insurrections crétoises, recommencer de nouvelles élucubrations sur la question d’Orient ? Ce n’est point notre envie, et nous ne pensons point en tout cas que ce soit le moment. Les Crétois, en prolongeant leur résistance, acquièrent des droits à la protection sympathique des puissances chrétiennes ; pour peu que la lutte dure encore, il faudra bien faire quelque chose pour eux. La conduite des Crétois pourrait bien, le printemps prochain, être imitée par les populations grecques du continent. Sera-ce pour le gouvernement ottoman le commencement de la fin ? Les gens qui s’amusent encore à prévoir — la mort de la Turquie nous paraissent naïfs. La Turquie n’a plus à mourir, il y a longtemps qu’elle est morte. Ce qui en reste est comme un vieil arbre déraciné étendu sur le sol ; ce qui lui donne encore un air de vie, ce sont les mousses et les végétations parasites qui ont peu à peu enveloppé l’énorme squelette. La Turquie est morte, et elle aurait depuis longtemps disparu, si les races chrétiennes qui s’agitent sur elle étaient elles-mêmes douées d’une vitalité plus vigoureuse, ou bien si, parmi les puissances européennes qui sont mêlées aux affaires d’Orient, il s’en fût trouvé une qui pût dominer la neutralité défiante et résistante des autres. Il semblait à nos pères que le royaume de Grèce serait un jour capable de s’emparer de la succession de la Turquie ; mais cette espérance n’a point été réalisée. Le royaume hellénique n’a pas montré les qualités de discipline intérieure, d’économie, d’esprit politique, par lesquelles un petit peuple peut s’agrandir. Il est donc naturel qu’aucune grande puissance ne se soit éprise de l’idée de substituer la Grèce à la Turquie. Le dépècement de l’empire ottoman pourra-t-il donner lieu entre les puissances européennes à quelque combinaison de partage et d’équilibre ? Nous ne pensons point que, si un tel événement est possible, il soit prochain. Aucun grand état ne montre d’entrain à l’endroit des complications orientales, aucun ne paraît avoir de mesures liées pour cet objet. Qui pourrait dire au surplus que les dispositions de tous les cabinets à l’égard de la Turquie soient restées ce qu’elles étaient autrefois ? On prétend que l’Autriche, qui était jadis si turque avec M. de Metternich, est maintenant