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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/240

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et l’égalité de tous, celle qui, en certains jours marqués d’une sérénité inaltéraljle, mérita la sympathie et l’admiration des meilleures âmes et des plus nobles génies de l’Europe ? Poussez donc au dehors à la fois tous les rayonnemens de la France au moment où vous voulez garantir sa sécurité par un accroissement de forces. Tempérez les apprêts d’une nouvelle organisation militaire par le spectacle d’une nation redevenue assez influente sur son gouvernement pour rendre à jamais impossibles les guerres de caprice, de système et d’ambition. Imprimez, par l’exemple de la France reprenant la tradition de la liberté intérieure, un cours nouveau à la politique générale de l’Europe. Si l’on borne au contraire ses efforts à l’intérêt militaire exclusivement, on courra le risque de ne point réussir dans l’œuvre spéciale qu’on va entreprendre ; on n’aura rien changé du moins à cet état à la fois confus et violent où se perpétuent les incertitudes européennes.

À notre avis donc, la question politique domine la question militaire ; ce n’était qu’après avoir bien compris et bien défini les conditions politiques de la situation présente qu’il fallait demander aux hommes spéciaux la solution technique du problème. On n’a point procédé ainsi, et tout le monde voit aujourd’hui les inconvéniens de la conduite qui a été suivie. On n’a point parlé à la raison du pays, on a surtout omis de parler à son âme, et on lui a présenté l’ébauche aride d’une étude militaire purement professionnelle. L’accueil que ce projet a rencontré dans le public doit faire déjà comprendre la faute commise. Dès à présent, on a mis contre soi l’inconvénient d’une mesure mal présentée, d’une mise en scène manquée. La haute commission n’a composé qu’un canevas sur lequel, comme le Constitutionnel l’annonce aujourd’hui d’une façon assez obscure, on est obligé d’exécuter de grosses reprises. Le défaut d’esprit politique s’était trahi dans le projet par cette disposition exorbitante qui autorisait l’appel du premier ban de la réserve en vertu d’un simple ordre ministériel, et l’appel du second ban en vertu d’un décret impérial. Plus de huit cent mille hommes étaient ainsi donnés discrétionnairement au gouvernement sans contrôle parlementaire ; la fixation même du contingent annuel à un chiffre immuablement déterminé annulait l’intervention de la chambre représentative dans la loi annuelle du recrutement. Peut-être encore, si la pensée politique avait tenu une plus grande place dans les travaux de la commission, aurait-on tenté quelque effort pour résoudre le problème financier de la question militaire conformément aux principes d’une plus rigide économie. L’exemple de la Prusse devrait sur ce point stimuler notre amourpropre. La Prusse agrandie par les annexions ne dépensera pas plus de 200 millions de francs pour son budget de la guerre ; quand les contingens de l’Allemagne du nord seront ajoutés à ceux de la Prusse, la dépense totale n’ira point au-delà de 300 millions. Il est impossible de rapprocher de tels chiffres de ceux de notre budget militaire sans être frappé de