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ravissement, si vives, si ingénieuses sont la plupart de ces idées! elles ont si bien le don d’agir sur vous comme images! Ajoutez à cela l’art exquis avec lequel le musicien s’entend à les produire, à les ramener, à les faire éclater, au déchaînement de toutes les masses de l’orchestre, dans une triomphante et dernière reprise!

Cette musique d’Oberon a tout le vaporeux, tout le diaphane de l’aérien et aussi de l’humoristique. Dès le lever du rideau, vous vous sentez transporté au milieu des régions féeriques. On se souvient de ce tableau d’un Anglais, M. Paton, représentant les Noces d’Oberon et de Titania. C’était bleu, jaune, violet, de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel; au premier abord, l’œil s’offusquait de ces teintes bizarres, de ces tons heurtés et criards; puis, quand on s’amusait à plonger dans ce fouillis, on y découvrait mille curiosités extravagantes comme celles que le microscope vous révèle dans une goutte d’eau. Des personnages moitié oiseaux et moitié fleurs, des sylphes à têtes de papillons, des elfes et des gnomes armés comme les escargots de coi nés mobiles d’où le rayon visuel se dégage, toute une multitude de ravissans petits monstres s’enroulant autour des cactus et des palmiers comme des arabesques vivantes, poussière de diamans et de scarabées, scintillant, bourdonnant par une nuit de mai (Walpürgismacht) dans les vapeurs du clair de lune, c’est la comédie aérienne de Weber mise en peinture. Jamais dans un ciel plus éthéré n’avaient pris leur vol tous ces lutins ailés d’opale et de saphir qu’évoque la baguette du magicien Prospero.

Resterait maintenant à se demander si le cosmopolite Mozart ne serait pas en dernière analyse un maître beaucoup plus essentiellement allemand dans l’âme et dans le style que le national Weber. Oui certes, en supposant que Weber n’eut écrit que sa musique de salon, ses cantates et ses symphonies; mais Weber a fait le Freischütz, le vrai chant populaire de l’Allemagne.


III.

Une légende d’un pays quelconque, recueillie et transcrite par Théodore Apel, fut la première piste où vint tomber en arrêt le génie en quête d’une idée. Ce conte de revenant avait nom le Freischütz. Sur la demande de Weber, Frédéric Kind le mit en opéra. Peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de rapprocher le libretto de la nouvelle, de voir par quels points ils diffèrent et de se rendre compte des variantes au point de vue de la critique d’aujourd’hui. L’histoire, en ce qui se rapporte à l’avant-scène, est la même de part et d’autre. Dans l’opéra comme dans la nouvelle, il s’agit de