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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/210

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ment ! Voilà la philosophie que nous propose M. Dupanloup. Encore un pas, et le tonnerre, émancipé par Franklin, est replacé au rang des choses sacrées comme au temps de Calchas et de la belle Hélène !

On a beaucoup ri de cette façon peu nouvelle d’envisager les phénomènes de la nature, et M. l’évêque d’Orléans, dans sa nouvelle brochure, écrite en réponse aux rieurs, se montre quelque peu embarrassé d’un succès qu’il n’avait point prévu. Il voudrait bien n’avoir pas écrit tant de choses si peu compatibles avec la largeur d’esprit qui sied à un académicien ; mais, quel que soit le mobile qui le pousse à les atténuer, il est un fait beaucoup plus digne de fixer l’attention : c’est le nombre de partisans que sa théorie a trouvé dans l’épiscopat. Elle est devenue le thème stéréotypé de la plupart des mandemens que le mois dernier a vu éclore. Cette argumentation, renouvelée des augures et depuis si longtemps mise au rebut, fait invariablement les frais de ces pieux manifestes. Et sa valeur doctrinale, dont tout le monde peut juger, est relevée par un esprit de mansuétude et de charité dont l’extrait suivant du mandement de M. Plantier ne donnera qu’une faible idée : « Une échéance redoutable va bientôt arriver. Déjà les fils de Satan la saluent avec une joie sinistre. Ils se disent avec une conviction qui tressaille que, la France une fois éloignée de la cité des papes, ils en feront aisément leur proie ; leurs ricanements et leurs cris féroces ont frappé vos oreilles plus encore que les nôtres. Puisqu’ils ont l’audace de fixer ainsi un jour où ils s’empareront de votre héritage, ô mon Dieu, ne pourriez-vous pas faire sonner avant l’heure de ces désolations celle de votre vengeance ?… Adorable protecteur des justes en péril, hâtez-vous de nous donner cette espérance et surtout de la vérifier ! » Dieu bon, Dieu clément, Dieu juste, refuserez-vous cette satisfaction à cet excellent M. Plantier ? Vengez-vous, mais surtout vengez-le, car tel est le sens de cette supplication passionnée. La noblesse et la douceur de ces sentimens sont, on le voit, à la hauteur de la force de raisonnement qui brille dans ces écrits. Est-ce là un progrès de la controverse religieuse et le genre d’enseignement qu’on a le droit d’attendre d’elle ? Est-ce là un titre pour revendiquer la direction morale des sociétés actuelles ?

Nous n’avons donc pas exagéré l’importance de M. Veuillot en rendant hommage à son influence si facile à reconnaître dans toutes ces productions. Désavoué autrefois comme l’enfant perdu du parti, il voit aujourd’hui graviter autour de lui en satellites fidèles la plupart de ceux qui l’ont combattu. De là le seul genre d’intérêt que son récent ouvrage sur les odeurs de Paris puisse avoir à nos yeux. Ce livre considéré en lui-même n’est qu’un ramassis d’articles in-