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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/21

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affirmer n’être point seul de mon avis en avançant que M. Berlioz a rendu là à Weber et qu’il s’est rendu à lui-même un assez médiocre service. Pourquoi vouloir peindre à l’huile à tête reposée l’esquisse crayonnée impromptu sur le papier avec furie et de main de maître?

A n’écouter que la voix du succès, Euryanthe serait la dernière des partitions de Weber, tandis que son mérite la place incontestablement au premier rang : musique admirable à laquelle nous ne saurions reprocher que son poème. On sourit à la seule idée de cette fable inouie composée d’après le codex officinal du romantisme par la sensible Helmine de Chézy, une de ces muses comme nous en avons tant vu, dont le cœur déborde et dont la tête est vide. Donner corps et âme à cette chevalerie carnavalesque, essayer de faire prendre au sérieux une telle parodie semble impossible: Weber cependant a trouvé moyen d’y réussir. Le tableau se dégage, il vit. Vous avez devant vous des personnages, un poème; d’une atmosphère toute courtoise et galante se détache, sombre et tragique, la figure d’Églantine, un de ces caractères démoniaques comme la musique n’en avait pas produit encore et qui font race. L’Ortrude de Richard Wagner dans Lohengrin procède en ligne directe de cette Églantine, de même que sans Lysiart son Telramund n’existerait pas. En ce sens, Euryanthe fait époque et marque le point exact, chronométrique d’où M. Richard Wagner est parti.

Après Euryanthe, Oberon. La pièce cette fois dépasse tout, — un absurde, une platitude inénarrables! La fantasmagorie sentimentale d’Helmine de Chézy vous arrache un bâillement mélancolique. — hélas! soupire-t-on comme Despréaux au sortir d’Agésilas: mais après Oberon c’est comme après Attila, on crie holà! Un Anglais, Master Planche, fit ce ravaudage, cousant à l’idée du poème de Wieland des réminiscences shakspeariennes du Songe d’une Nuit d’été, le tout entremêlé de mythologie, illustré d’un pittoresque rappelant les gravures en taille-douce de l’Oriental Annual. En musique, c’est assurément le moins fort des trois chefs-d’œuvre de Weber. Les passages gracieux, exquis, abondent cependant, et si le médiocre, chose d’ailleurs très rare chez Weber, y laisse sentir sa présence, le joli, le charmant prédomine. L’ouverture, un des plus brillans morceaux d’orchestre qui existent, est à elle seule toute une férié, un conte des Mille et une Nuits. Dans l’adagio, vous respirez au clair de lune toutes les roses des jardins de Schiraz. Puis ce sont des coupoles qui miroitent, des minarets fantastiques, des forêts de palmiers où glissent, disparaissent et repassent en un perpétuel et mystérieux tourbillon des ombres insaisissables : femmes voilées, chevaliers chrétiens et sarrasins. Qui n’a lu avec