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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/209

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tempéramens, ce sont des deux parts les mêmes procédés de polémique, les mêmes effets oratoires, les mêmes dénigremens, et, chose plus grave, c’est le même fonds d’idées. Pour M. l’évêque d’Orléans comme pour M. Veuillot, l’ennemi qu’il faut anéantir à tout prix, c’est le philosophisme, c’est-à-dire la liberté de penser. Elle seule en réalité est en cause dans ces gémissemens, dans ces sarcasmes, dans ces colères sur les signes du temps, sur les malheurs du temps, sur les odeurs du temps ! Notre temps offre en effet beaucoup de symptômes qui ne sont guère rassurans pour l’avenir ; mais, si nous avions à les classer, ce n’est ni Garibaldi, ni le positivisme, ni M. Renan, ni les chanteuses populaires, ni le tremblement de terre, ni la sauterelle africaine, ni le débordement des fleuves que nous placerions en première ligne. Il est un symptôme encore plus significatif à nos yeux que ces divers fléaux : c’est le débordement des libelles épiscopaux.

Ce phénomène, dont l’apparition était d’ailleurs prévue, a cela de précieux, qu’il nous permet d’étudier à fond les dispositions et les pensées d’hommes qui ont dans leurs mains de puissans moyens d’influence, et qui étaient, ce semble, jugés avec beaucoup d’illusion. Que n’a-t-on pas dit par exemple de l’esprit libéral, conciliant, éclairé de M. l’évêque d’Orléans ? Qui ne se rappelle, et qui n’a jusqu’à un certain point partagé les espérances dont il a été l’objet ? Il était le second de M. de Montalembert dans cette guerre généreuse que l’illustre orateur avait entreprise contre l’absolutisme de son propre parti. M. Veuillot était alors un pestiféré dont on s’écartait avec une sainte horreur. M. Dupanloup dénonçait à grand bruit les usurpations de ce laïque turbulent sur le pouvoir pastoral, et fut fort admiré pour ce trait de courage. On le désignait partout comme le réalisateur futur du fameux programme « l’église libre dans l’état libre. » Il manquait à la gloire de l’Académie ; il y fut reçu. On y célébra ses lumières, son libéralisme, sa tolérance, aux applaudissemens du bon public. Il n’a pas plus tôt pénétré dans le cénacle qu’il y règne en maître. Il y fait et défait à son gré les élections. Il y prononce l’exclusion contre des hommes qui eussent honoré l’Académie, et il est obéi. Il faut bien accorder quelque chose à ce prodige, à ce rara avis qu’on nomme un évêque libéral ! Il devient en un mot l’homme nécessaire, toujours en vertu du même prestige, la réconciliation de l’église avec la liberté. Et à quoi aboutissent toutes ces belles illusions ? À un mandement dans lequel les tremblemens de terre, les inondations, le choléra et les sauterelles, « tout cet appareil de la nature émue, » comme dit éloquemment M. Plantier, sont présentés comme l’expression du courroux de Dieu contre les excès du positivisme et de la morale indépendante. Malheur à nous si nous ne comprenons pas ce premier avertisse-