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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/207

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quelles chacun rend justice épuise son intelligence à chercher des palliatifs, à imaginer de nouvelles combinaisons empiriques, à parer aux dangers que lui apporte sans cesse l’augmentation des correspondances combinée avec l’insuffisance de plus en plus sentie du local.

Tel est le côté matériel défectueux de l’administration des postes; quant à ses imperfections d’un autre ordre, elles méritent qu’on en dise un mot. La France est aujourd’hui le seul pays où la poste appartienne à l’élément fiscal; elle dépend du ministère des finances; elle rapporte des bénéfices fort importans, qu’elle ne peut même pas employer à d’indispensables améliorations. Elle est une source de revenus pour l’état, qui ne fait rien pour elle, se déclare trop pauvre pour lui venir sérieusement en aide, et la force à fonctionner dans des conditions désastreuses. Le transport des correspondances est un service public; s’il couvre ses frais, c’est tout ce qu’on peut lui demander; il doit avoir le droit de se parfaire avec ses propres ressources, et ne doit les verser au trésor que si elles lui sont absolument inutiles. La poste, qui occupe 30,000 employés, qui maintenant par ses paquebots va aux quatre coins du monde, où elle a des agens spéciaux, qui pendant ces cinq dernières années a fait 424,920,408 francs de recette brute, qui donne annuellement au trésor un bénéfice net de plus de 20 millions, mérite d’être indépendante, d’être soustraite à la fiscalité, qui en profite sans la secourir, et de devenir enfin une sorte de surintendance placée à côté des ministères et en dehors de leur direction immédiate. On la verrait alors se développer, se mettre à la hauteur des besoins qu’elle a mission de servir, appeler à son aide les ressources de la science moderne, placer enfin son administration centrale dans un établissement approprié à sa destination et digne d’un peuple qui se dit volontiers la première nation du monde.


MAXIME DU CAMP.