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L’Égypte n’a même pas gardé intacte cette antique tradition, et, si l’on excepte les rapports presque européens établis entre Alexandrie, le Caire et Suez, la poste, pour toutes les provinces, n’est desservie que par des piétons. Pour un homme civilisé accoutumé à l’admirable rapidité des postes de Paris, rien n’est plus singulier que ces restes encore vivans des civilisations éteintes et remplacées depuis longtemps. Cette institution, si simple qu’aujourd’hui elle nous paraît naturelle, a été longtemps à s’imposer au monde ancien, et Rome, malgré son incontestable supériorité sur les nations d’autrefois, n’a réellement connu les postes que sous le règne d’Auguste. Suétone est très-affirmatif à cet égard lorsqu’il dit : « Voulant que l’on pût connaître promptement tout ce qui se passait dans les provinces, il disposa sur les routes militaires, à de courtes distances, d’abord des jeunes gens, puis des voitures, parce qu’il lui parut plus commode de pouvoir interroger aussi les courriers qui lui étaient dépêchés d’un lieu quelconque, quand les circonstances l’exigeaient [1]. » L’esprit soupçonneux de Tibère et de ses successeurs, le génie organisateur des Romains, ne devaient pas tarder à donner un développement régulier et considérable à ce genre d’administration postale. Bientôt en effet l’organisation fut complète et fonctionna dans la plus grande partie de l’empire. Il n’est pas superflu d’énumérer rapidement les divers services dont elle se composait, car nous les retrouverons plus tard sans modifications essentielles, lorsque nous aurons à parler des postes françaises. En ceci comme en tant d’autres choses, les Romains ont été nos maîtres ; nos inventions n’ont été en grande partie qu’un retour intelligent à leurs usages. Sur ces grandes voies de communication dont les débris font encore aujourd’hui l’admiration des voyageurs, l’empire romain avait établi de distance en distance des hôtelleries (mansiones) tenues par des maîtres de poste (mancipes), et des relais (mutationes) où l’on trouvait des chevaux de rechange. Les messagers spéciaux du gouvernement (cursores regii) couraient à franc étrier sur des equi singulares qui correspondent très nettement à ce que nous appelions, il y a peu de temps encore, des bidets de poste. Les voyageurs moins pressés ou qui redoutaient la fa- .

    La Bible donne quelques détails sur l’organisation postale de la Perse ; on lit dans Esther, VIII, 9 : « Les secrétaires du roi furent appelés en ce temps, le vingt- jour du troisième mois, mois de sivan, et il fut écrit selon l’ordre de Mordechaï (Mardochée) aux Jéhoudins (Juifs) et aux satrapes, aux pachas et aux princes des provinces, depuis Hodon jusqu’à Couleh, cent vingt-sept provinces, à chaque province selon son écriture et à chaque peuple selon son langage et aux Jéhoudins selon leur écriture et selon leur langage. — 10. Et l’on écrivit au nom du roi, on scella de l’anneau du roi, on envoya les lettres par des courriers à cheval sur des coursiers rapides, sur des dromadaires issus de jumens. — 14. Les courriers montés sur des coursiers, sur des dromadaires, partirent à la hâte… » (La Bible, trad. Cahen.)

  1. Suét., De Aug., XLIX.