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brasse toutes les petites républiques de l’Italie. Nous pouvons nous borner à examiner ce qu’elle dit de Florence, ce terrain circonscrit suffit à la comparaison que nous voulons établir entre les deux écrivains. L’ouvrage italien avait paru pour la première fois en 1851 avec les lacunes qu’imposaient alors à l’auteur l’état de la péninsule retombée sous le joug et celui des esprits emportés par la réaction. Il est rendu aujourd’hui au public tel que le voulait la pensée de l’auteur.

Nous sommes naturellement amené à rapprocher M. Giudici de M. Trollope. Lui aussi, il a conçu l’idée de son œuvre à la vue des revers de l’Italie; mais admirez la différence des points de vue! Tandis que l’Anglais s’enferme dans une période bien définie du temps passé sans se permettre d’en franchir même du regard les limites, tandis qu’il ne voit et ne veut voir que ce qui est dans son sujet, l’Italien cherche dans le passé qu’il découvre le présent dont il est enveloppé, et, séduit par la ressemblance qu’il croit saisir entre 1307 et 1847, il rapproche les espérances d’il y a cinq siècles des aspirations d’hier, l’empereur Henri VII de Luxembourg du roi Charles-Albert de Piémont, et commence, pour ainsi dire, par sortir de son sujet. Il pense moins aux communes féodales, isolées ou ennemies entre elles, qu’aux populations modernes aspirant à la force et à l’unité. Premier motif pour comparer ces deux écrivains ; leurs ouvrages sont nés du spectacle des mêmes événemens. D’autre part leurs conceptions sont très diverses, ils portent souvent sur les mêmes faits des jugemens opposés, ils se complètent, se corrigent ou se réfutent, et c’est un second motif pour les réunir dans une même étude. L’un fait connaître les torts de l’Italie, l’autre refuse de les voir. Celui-ci attribue tous les malheurs et la ruine définitive à la fatalité des circonstances, celui-là enregistre toutes les fautes au point quelquefois de ne pas tenir assez de compte de la nécessité des temps. D’ailleurs l’un et l’autre ont des devanciers dans leur pays. Avant d’indiquer les idées de M. Giudici, nous ferons connaître les opinions qui partageaient ses contemporains en Italie et entre lesquelles il a dû faire son choix. Avant d’analyser la doctrine de M. Trollope, nous verrons qu’il rencontrait en Angleterre même des jugemens établis et dominans sur le sujet de son livre. Discuter des idées générales sur l’histoire de l’Italie et particulièrement sur celle de Florence, tel est donc l’objet principal de ce travail. Nous réservons pour la fin les appréciations littéraires que nous devons aux deux écrivains sur lesquels nous appelons l’attention, et au public français, qui les connaît imparfaitement.