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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/1019

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forets sur leur route. La terre s’enfonce et disparaît à mesure, qu’ils franchissent les bois et les plaines. Ils cherchent la montagne ; mais Hemla se sent mourir. Elle dit à Némeith de la conduire vers le fleuve Léthé, qui guérit tous les maux.

Némeith obéit, quoique le déluge commence, et, quand il arrive au Léthé un brouillard épais enveloppe la terre et se résout en pluie chaude. Pourtant Hemla est glacée, et cette fois Némeith la crut morte.

« Il s’élança dans l’eau avec son cheval et plongea la ziris à trois reprises. Elle but l’onde bienfaisante, respira, ouvrit les yeux et parla.

« — Sortons d’ici, dit-elle. Qui es-tu, toi qui me tiens dans tes bras ? »

Elle avait perdu la mémoire. Ils gagnèrent le rivage, et, sous la pluie qui tombait toujours, lourde, incessante, Némeith s’écria en se roulant de désespoir sur la terre détrempée : — Heimdall lui a envoyé la folie !

« Que fais-tu là ? lui dit la ziris en riant. »

Quelques-uns des compagnons et amis du Gète l’avaient rejoint avec leurs guerriers. « Coq, lui dit Hu-Gadarn, prends courage et partons. La plaine se remplit d’eau, et la lumière du jour s’éteint dans des nuages de cendre.

« — Ce fleuve d’oubli va-t-il déborder et nous priver tous de raison ? dit Némeith.

« Il reprit Hemla sur son cheval, et tous s’éloignèrent dans la direction des montagnes de la Scythie.

« Elles sont loin, et les terrains délayés par la pluie deviennent impraticables.

« Les chevaux enfoncent dans une vase toujours plus profonde. Exténués de fatigue, ils ne peuvent lutter contre les courans de boue qui bientôt les entraînent avec les rochers, les prairies et les forêts.

« Un cavalier s’enfonce, puis quatre, puis vingt, puis cent.

« Hu-Gadarn crie :

« — Némeith ! si tu revois nos steppes, fais de mon fils un guerrier.

« Et il disparaît.

« Le Gète sent son cheval s’engloutir, il s’empare d’Hemla, il nage et fend les flots impitoyables.

« Ils sont seuls au milieu d’un océan sans rivages.

« — Hemla, te souviendras-tu au moins de ce que tu vois là, si nous en sortons ?

« — Je ne comprends pas, mais j’ai peur.

« Il rencontre le cadavre flottant d’un mammouth. Il s’y cramponne et reprend haleine ; le mammouth disparaît. »

Némeith heurte un autre cadavre, c’est celui d’Herser, son ami. Les torrens l’entraînent. La nuit vint longue et cruelle.

Ils ont trouvé une poutre, puis un tronc d’arbre :

« La pluie qui la veille est tombée en gouttes plus grosses que le poing, tombait maintenant en gouttes plus grosses que la tête d’un taureau. Le froid les perçait de ses flèches. La faim se fit sentir, impérieuse, dévorante.