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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/1018

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surgit du sein de la mer bouleversée et furieuse. Hemla, pour l’apaiser, lui jette l’anneau que le Gète lui a rendu, et lui jure de retourner dans Atanor. A ce prix, le volcan épargne son rival.

Mais le Gète, qui ne croit qu’à Heimdall, le dieu père, méprise les forces brutales de la nature. Il obéit à sa conscience en reconduisant la ziris à son temple. Là, au moment de renoncer à elle, il est saisi de colère et de douleur. Il pénètre dans Atanor, et, de sa hache de jaspe, il coupe audacieusement la flamme qui s’exhale du cratère sacré, puis il s’éloigne pour rejoindre Thor, qui revient assiéger Sisparis.

Les rois alliés de Satourann sont vaincus et découragés. Le peuple attribue les désastres de l’empire à l’impiété du roi, qui a offensé le dieu Ptah. On se révolte, le roi comble de victimes humaines la gueule béante du volcan.

La fureur et le désespoir règnent dans Sisparis. Thor y pénètre et réclame la main d’Hemla, que son père épouvanté lui a promise. La ziris le hait et le repousse. Alors le Scythe accuse son ami, l’insulte et le frappe. Ils se battent. La hache de fer du Scythe pénètre dans le flanc de Némeith. Ses guerriers l’emportent sur la montagne, où ils le placent à la manière de leur pays, dans un cercueil de pierre, la face tournée vers l’orient.

Thor exaspéré veut contraindre la ziris à le suivre, II viole l’enceinte du temple et crache à la figure de Ptah, l’idole aux yeux de verre. Un bruit formidable répond à cette insulte. La grande tour des astres, où Hemla s’était réfugiée, croule, engloutit le Scythe et le broie sous les décombres.

Hemla reste cramponnée au chambranle d’une porte d’airain qui s’ouvre maintenant sur le vide, au flanc de la muraille éventrée. Elle est perdue, elle va céder au vertige, elle va lâcher prise. Un inconnu sorti de la foule gravit le long de cette ruine qui chancelle comme un homme ivre. Il saisit Hemla, la sauve, l’emporte et disparaît avec elle au milieu de la confusion où se débat dans les horreurs de l’agonie la ville déplorable des Atlantes.

Cette secousse de tremblement de terre, c’est la fin de Satourann et de son peuple, et cet homme prodigieux qui emporte la ziris, c’est Némeith revenu à la vie. Gorgo, la belle fille aux dents pointues, l’avait déterré pour le dévorer. Elle l’a caché dans les profondeurs des cavernes où vivent encore de leurs hideuses rapines quelques-unes de ces goules ou kères, derniers restes des gorgones qui suçaient le sang des blessés sur les champs de bataille et rongeaient les os des morts. Elles avaient jadis ravagé l’Atlantide. Vaincues par les vaillantes Amazones, elles erraient encore autour des mourans et enlevaient les nouveau-nés dans leurs berceaux. Némeith a pu échapper aux effroyables embrassemens de la kère ; mais une autre femme aussi féroce aux vivans que Gorgo l’est aux cadavres, c’est Arthémis, la reine des Amazones, qui est éprise de Némeith et jalouse d’Hemla. Elle rencontre et poursuit le couple fugitif. Némeith lui échappa, emportant sur son cheval la ziris percée d’une flèche et mourante. Ils fuient toujours au hasard, poussés par l’ouragan qui souffle derrière eux et renverse les