Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/1011

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


esprits élevés. Inspirés d’une sorte de patriotisme oriental particulier aux populations danubiennes, épris d’ailleurs des grandes formes du progrès politique, entrevoient déjà et réclament même tout de suite une réorganisation des régions sud-orientales de l’Europe en un système de groupes fédératifs. Un Hongrois, qui s’était plus fait connaître jusqu’à présent par ses qualités d’homme d’action que par des conceptions de théorie politique, le général Türr, vient d’exposer dans un journal français un plan de ce genre qui a été remarqué. Sans doute, si les affaires de ce monde obéissaient à une inspiration philosophique, si de grands voisins s’abstenaient d’agir par des voies directes ou indirectes sur les petites populations qu’on voudrait associer, — si ces populations elles-mêmes étaient suffisamment éclairées et pénétrées du même esprit, on pourrait, dans une convention de sages, décréter les systèmes fédératifs que propose le général Türr. Malheureusement, tout en marchant vers un idéal qui doit bien être pour cette partie de l’Europe l’agrégation fédérative, il est indispensable de partir des faits existans et d’aller chercher la force où elle se trouve. Jusqu’à présent, il n’y a point sur le Danube de force supérieure à celle que donne l’union de l’Autriche et de la Hongrie. La tentative essayée par les Hongrois sous la direction de M. Deak, et à laquelle l’empereur d’Autriche s’associe de son côté en confiant le premier ministère à M. de Beust, est donc l’effort le plus sensé et le plus pratique qui se puisse accomplir aujourd’hui pour le rétablissement d’une puissance nécessaire à l’équilibre dans les régions danubiennes. D’après le nouveau plan, l’Autriche sera bien une monarchie double, un dualisme politique. La Hongrie ou le pays transléithan aura son gouvernement constitutionnel, l’Autriche allemande et ses anciens appendices ou le pays cisleithan auront également leur autonomie distincte. L’union des deux grands faisceaux de l’empire se fera, pour les affaires générales qui leur seront communes au point de vue diplomatique et militaire, au moyen du lien fédéral conservé au centre par une organisation suprême. Ce nouvel ordre de choses sera-t-il aisé à établir ? L’élément germanique de l’empire habitué à la suprématie se résignera-t-il à l’égalité et au partage ? Ceux qui ont échoué dans leurs expériences de centralisation arbitraire entreprises sous toutes les formes s’opposeront-ils à la réussite d’un dualisme équitable, sensé, pratique, et précipiteront-ils par une résistance jalouse et aveugle la chute de l’Autriche ? L’avenir le montrera. En attendant, il faut souhaiter bon courage à M. de Beust, à la diète hongroise et aux nobles représentans du patriotisme magyar. Ils font une œuvre honorable, libérale, opportune, conforme aux intérêts généraux de l’Europe.

L’Italie ne se remet point vite à l’expédition régulière de ses affaires sous le régime de la paix. C’est qu’en effet le gouvernement et le parlement Italien n’ont point devant eux une tâche aisée. La majorité a manqué au ministère dans la chambre sur une question d’ordre public, et l’on se trouve pris entre les deux pointes du dilemme : démission du cabinet ou