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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/1008

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lui communiquer le résultat de ses études sur les finances parisiennes, et ne se mette point en mesure de juger par lui-même si en effet un changement dans la direction et le contrôle de ces finances n’est commandé par aucun intérêt considérable.

La politique extérieure fournira sans doute au corps législatif le motif des interpellations les plus intéressantes. Il n’y a point à s’y méprendre : c’est l’influence des événemens extérieurs qui a changé pour nous les conditions de la politique intérieure. Il est donc d’une haute importance que les accidens des entreprises étrangères ou des conceptions diplomatiques qui ont produit la situation présente soient complètement élucidés dans les chambres. Il faudra porter un jugement définitif sur la malheureuse affaire du Mexique ; il faudra apprécier le nouvel aspect des affaires allemandes avec sang-froid, avec impartialité pour les peuples engagés dans le nouveau mouvement européen déterminé par la dernière guerre, avec une prévoyance pénétrante des intérêts et des devoirs de notre pays. Pour nous qui avons étudié les événemens au moment où ils s’accomplissaient, et sur le vif pour ainsi dire, nous n’avons plus à revenir sur des controverses que nous avons épuisées ; nous attendons seulement avec curiosité les lumières nouvelles que la discussion parlementaire pourra répandre sur ces vastes et difficiles questions. Tout d’ailleurs dans ces débats ne sera point absorbé par les considérations rétrospectives. Un grand enseignement pratique en sortira pour le présent et pour l’avenir. La France y pourra, y devra apprendre le danger des desseins et des combinaisons inspirés par une initiative personnelle trop isolée, et rendue trop puissante par l’absence d’une contradiction constitutionnelle constamment et librement assise sur l’opinion publique.

L’état de l’Europe, tel qu’il se présente en ce moment à nos yeux, ne laissera point manquer les occasions où nous aurons à mettre cette leçon à profit. Tout est en l’air en Europe, et tout le monde y a le sentiment de l’instabilité des choses. Dans cette confusion mêlée de ténèbres, on donne partout aux armemens une impulsion extraordinaire. Jamais on ne s’est préparé avec une telle précipitation contre des ennemis inconnus et invisibles. Où éclatera le premier conflit ? Contre qui faudra-t-il combattre ? de qui sera-t-on l’allié ? Nul ne peut répondre. Cet effarement universel ne nous effraierait pas ; nous sommes convaincus qu’on serait bientôt ramené au sang-froid par le cours naturel des choses, par la répugnance que la guerre inspire aux peuples modernes, par la vertu pacifique des intérêts du travail et du commerce, si l’on était maître du hasard, si l’on pouvait répondre que du côté le moins prévu ne partira point le brandon capable de mettre le feu aux élémens inflammables. La cause de la tranquillité du monde nous parait gagnée, si l’on a la sagesse et le pouvoir de maintenir la paix quelques mois encore. Nous avons en effet devant nous une période où sont réunies les assemblées représentatives de la plupart des peuples européens, où des hommes politiques autorisés pourront étudier publique-