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l’objet de la première interpellation qu’il y ait lieu de poser dans la chambre.

Peut-être le gouvernement eût-il pu à cet égard devancer déjà les enseignemens qui résulteront du débat parlementaire et éclairer l’opinion publique sur ses dispositions générales par diverses révélations indirectes. Le personnel ministériel eût pu être changé en même temps que la politique était modifiée et élargie ; le style des communications des agens administratifs eût pu prendre dès le lendemain du 19 janvier un accent plus libéral. Les informations de cette nature ont jusqu’à présent manqué complètement au public. Il n’y a aucun changement ministériel présentant une signification politique, et la note libérale n’a certes point dominé dans certains documens administratifs qui ont eu récemment un retentissement si regrettable. Nous sommes fort à l’aise pour parler de la question ministérielle au point de vue des personnes. Nous n’avons point d’amis politiques dont nous ayons à encourager ou à soutenir les prétentions au pouvoir. Nous n’avons aucun motif d’exclusion contre les possesseurs actuels des portefeuilles. Nous sommes obligés cependant de constater, comme observateurs désintéressés des faits, qu’il eût été logique que la présence d’hommes nouveaux au pouvoir coïncidât avec l’inauguration d’une politique nouvelle. Des ministres nouveaux appelés aux postes essentiellement politiques eussent été liés par une solidarité plus étroite aux destinées des réformes entreprises. Le changement, en s’exprimant par les personnes, eût acquis une force plus solide dans les choses. Le sentiment public a visiblement justifié cette impression. On a cru généralement par exemple pendant plusieurs jours que M. Émile Ollivier, qui, suivant la renommée, n’a point été étranger au travail préparatoire d’où sont sorties les mesures du 19 janvier, serait chargé d’en suivre la réalisation au ministère. D’autres allaient plus loin encore ; remarquant les concordances apparentes entre les résolutions impériales et les idées qui avaient l’année dernière inspiré l’amendement des quarante-cinq, ils désignaient dans le groupe du tiers-parti tels noms, ceux entre autres de MM. Buffet et de Talhouet, dont on eût pu se servir pour rajeunir le personnel gouvernemental et colorer avec plus de netteté le programme réformiste. Nous le répétons, nous n’attachons point, en ce qui nous concerne, une grande importance à ces questions de personnes qui se sont pour ainsi dire mollement soulevées d’elles-mêmes. Nous constatons seulement, pour le présent, qu’elles pouvaient fournir l’occasion de marquer la situation politique d’une nuance plus précise, et que cette occasion n’a pas été mise à profit. Nous posons seulement une réserve : on doit s’attendre qu’à l’avenir les questions de personnes occuperont dans la politique une place beaucoup plus large à mesure que la vie parlementaire deviendra plus active et plus forte. Désormais en effet les hommes publics devront avoir leur politique propre, et leur fortune dans les fonctions gouvernementales ne pourra plus être séparée des idées, des principes, des intérêts à la défense desquels ils auront consacré leurs talens.