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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/989

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En France, on le sait, nul ne s’occupa au moyen âge d’instruire le peuple. Le concile de Latran de 1179 et celui de 1215 avaient bien ordonné qu’auprès de chaque église cathédrale une prébende serait affectée à entretenir un maître chargé de l’instruction gratuite des enfans, il y eut même un fonctionnaire ecclésiastique, nommé écolâtre, qui devait surveiller les écoles ; mais ces écoles étaient très rares et se bornaient à former des chantres et des enfans de chœur. Avec la réforme naquit la nécessité de donner à tous quelques lumières, puisque tous étaient appelés à lire la Bible et à se rendre compte de leurs croyances ; même dans les pays qui repoussèrent le protestantisme, l’idée vint qu’il fallait tirer le peuple de sa séculaire ignorance. Les états-généraux d’Orléans en 1560, ceux de Blois en 1576 et 1588 appelèrent l’attention du roi sur le manque d’écoles. La noblesse alla jusqu’à proposer de faire payer par les bénéfices ecclésiastiques un subside annuel pour entretenir dans tous les villages « pédagogues et gens lettrés, » chargés d’enseigner aux enfans pauvres les principes de la religion chrétienne, d’une bonne morale, et les autres connaissances nécessaires. Le tiers-état insista, demandant que le clergé ne pût s’affranchir de l’obligation qu’on lui imposait sous prétexte de la négligence des parens ou des tuteurs. Une ordonnance fut rendue pour répondre aux vœux des états. Il y était même stipulé que le maître d’école serait nommé de commun accord par les autorités municipales et ecclésiastiques. En 1563, Charles IX essaya de mettre l’ordonnance à exécution dans Paris ; mais l’écolâtre fit une opposition énergique : il soutint qu’on violait les privilèges de l’église. Comme de raison, le roi céda, et le clergé, l’emportant, parvint à arrêter tout progrès de l’instruction. Les vœux des états-généraux furent oubliés avec bien d’autres, et la condition des classes inférieures devint pire encore par suite des longues guerres de Louis XIV et des misères du XVIIIe siècle. Écrasées par la famine, les maladies et l’impôt, tristes conséquences d’un détestable gouvernement, elles avaient peine à subsister ; comment auraient-elles songé à s’instruire ? Cependant, même à cette époque si dure pour les pauvres, un homme songea à leur apporter le pain de l’esprit, que l’église établie négligeait de leur offrir. Un chanoine de la cathédrale de Reims, Jean-Baptiste de la Salle, fonda en 1679 l’institut des frères des écoles chrétiennes. A sa mort, en 1719, la société avait des écoles dans huit diocèses, et en 1789 les frères donnaient l’instruction à 30,000 enfans.

Les hommes de la révolution comprirent que l’établissement d’une démocratie libre n’est possible que par la diffusion des lumières. Les trois assemblées révolutionnaires s’en occupèrent, et trois esprits éminens firent successivement un rapport sur l’organisation de