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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/978

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guérissez. » Eh bien ! voyez dans mon cœur, voyez comme il déborde de foi, lorsque je vous dis : « Seigneur, guérissez Albert !… » Mon Dieu ! donnez-la-moi cette maladie, et qu’elle soit terrible, qu’elle brûle ma poitrine entièrement, pour purifier mon cœur ! Faites bien souffrir mon gosier, dont j’ai si souvent eu vanité à cause de ma voix qu’on admire et que je me complais à faire entendre. Punissez-moi, car je suis vaine. Mon Dieu, je bénirai chaque douleur ; mais alors, quand j’aurai été bien malade, vous permettrez que je meure. Ah ! tout pour gagner cela, pour gagner d’aller à vous, mon Dieu, mon amour !… Tout vous est possible, acceptez ma prière. Le monde dira, surpris : « C’est inexplicable ; lui si malade et si faible, il guérit, et elle, si forte, si peu délicate, elle meurt ! » Et moi je penserai : Dieu ne peut-il pas tout ? Dieu l’a voulu, voilà ce qui explique tout.

« Mon Dieu, est-ce comme un instinct que vous exaucerez ma demande ? mais je ne puis parvenir à fixer mes pensées sur un avenir quelconque pour moi en ce monde. Quand j’entends parler de mariage, il me semble toujours qu’une voix intérieure répond en moi : « Ne vous pressez pas, c’est inutile. » Est-ce la voix de mon ange gardien ? Ange chéri, portez ma prière à Dieu, dites-lui que le voir est la vie pour moi, qu’il me fasse mourir pour vivre. Mon Dieu ! d’un côté je me figure la vie heureuse, environnée de l’affection d’une famille chérie : tout le bonheur possible ici-bas enfin. De l’autre, je vois une longue maladie, mais vous ! mais aller à vous ! Mon Dieu, je choisis la meilleure part ; ne direz-vous pas comme de Marie : Elle ne lui sera pas ôtée ! »

«….. Hier et aujourd’hui j’ai été frivole, j’ai pensé à ma toilette, je me suis regardée dans la glace ; il est vrai que je ne me suis pas trouvée très jolie, mais j’ai fait ce que j’ai pu pour l’être davantage. A mesure que ces folles idées me traversent l’esprit, je sens la grâce de Dieu s’éloigner et mon cœur se fermer dans une douloureuse indifférence. Ma vanité se ranime sur tous les points. Hier, M. *** a dit que j’avais une belle voix, j’en ai été inconvenablement flattée, et comme une sotte j’ai pris grand plaisir à chanter devant lui. Mon Dieu, desséchez-le, mon gosier, ce côté le plus vulnérable de ma vanité. Je ne suis pas assez jolie pour qu’un compliment sur ma figure me flatte beaucoup. Je ne le crois pas facilement, j’ai le temps de me mettre en garde ; mais pour ma voix j’entends qu’elle est belle, et je pense qu’on doit la trouver telle lorsque je chante devant du monde. Je la déteste quelquefois, ma voix. Otez-la-moi, mon Dieu, puisqu’elle ne sera pas uniquement destinée à chanter vos louanges ! c’est un bien dont vous m’avez parée, reprenez-le, car j’en use mal !… Oh ! je le sens à présent, si j’étais religieuse, n’entendant rien du monde, je ne le regretterais jamais… Mais aussi, qui sait ? lancée au milieu de ce même monde avec toutes mes misères et toute ma faiblesse, je serai peut-être à lui avec une force d’attrait égale à ma haine actuelle. Oh ! un couvent ! un couvent ! un lieu de la terre où le mal ne soit pas ! que je quitte tout pour aller y déposer ce grand désir d’amour et de ferveur ! Oh ! Dieu seul à servir, Dieu seul à aimer ! mais aussi n’oublions pas ceci : n’obéir qu’à Dieu seul. Ainsi que tout se taise ! . Pas de murmure, pas de révolte ! Que votre volonté soit faite, mon Dieu ! mais si je mérite la paix, accordez-moi cette