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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/958

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croix en diamant qui était un cadeau d’Albert. « Croix belle, précieuse, tout en diamant, ajoute celle qui allait devenir Mme de La Ferronnays, croix qui m’était bien plus chère, puisqu’elle me venait de lui, et aussi parce qu’elle était un signe de salut ; croix d’amour, donnée par l’amour, et qui, depuis, me parut bien significative ! » Hélas ! comme les superstitions du cœur sont quelquefois clairvoyantes, et quel dommage que leurs pratiques pour écarter les maux redoutés ne soient pas aussi efficaces que leurs appréhensions sont sûres !

C’est un proverbe populaire presqu’en tout pays chrétien que les mariages véritables sont écrits dans le ciel ; mais que de fois la païenne nature, pareille à ces fées des vieux contes qui, mécontentes de n’avoir pas été invitées à une naissance, s’en vengent en détruisant les dons de leurs sœurs par un sort malencontreux, se plaît à contrarier les décrets de la Providence ! Telle fut l’histoire du mariage d’Alexandrine et d’Albert. Quoiqu’elle soit aujourd’hui une science à la mode et qu’on en mette un peu partout, il est vraiment déplaisant d’introduire la physiologie dans un sujet où l’âme seule voudrait être intéressée, et à propos d’un amour pour lequel les fiancés, tous deux chrétiens fervens, n’avaient demandé d’autre agrément que celui de Dieu seul. Cependant, bien ou mal venue, la physiologie trouve ici sa place légitime, sa place qu’on ne peut lui refuser ; mais de cette intervention qu’on doit subir, ne peut-on pas tirer encore une leçon religieuse conforme au caractère de l’histoire qui nous occupe ? Un physiologiste exercé aurait donc reconnu de longue date dans tous les détails de caractère que nous avons dû montrer, dans cette passion fébrile et inquiète, dans ce mélange de langueur et d’ardeur, dans cette irritabilité fréquente et dans cette variabilité d’humeur perpétuelle, un élément de malheur qui tenait non pas à l’âme, mais au tyrannique vêtement de chair qui pèse sur elle. Le soir de leur mariage, les deux époux quittèrent Naples pour aller à Castellamare passer leur lune de miel ; avec quelle ivresse ! « Tous les deux nous croyions rêver, » dit Alexandrine. Dix jours après ce soir d’enchantement, le comte de La Ferronnays crachait le sang. La puissante reine redoutée des heureux venait d’envoyer en avant un de ses invisibles messagers pour avertir qu’on eût à parer le logis des ornemens qui mieux lui plaisent : les myrtes et les roses de la vie allaient peu à peu céder la place aux cyprès et aux soucis. Il fallut quitter l’air trop vif de Castellamare et aller chercher l’air plus doux de Sorrento. Toute espérance ne s’éteignit pas d’abord pour Alexandrine ; mais à partir de ce moment funèbre il n’y eut plus pour elle de joie sans inquiétude, de lumière sans ombre. Laissons-la exprimer elle-même l’état de son âme à ces