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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/906

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aux autres hommes. Isis lui répond en comparant la terre habitée à un homme couché, ayant la tête au sud, les pieds au nord : l’Égypte représente la poitrine et le cœur, séjour de l’âme. Ce qu’Isis dit ailleurs des âmes royales dénote également un Égyptien. Il est vrai qu’il y a çà et là chez les philosophes grecs des tendances monarchiques : ainsi, dans son Politique, Platon trace un portrait fantastique de la royauté ; mais, alors même qu’ils réagissent contre les principes d’égalité qui formaient le fond de la morale sociale des Grecs, les philosophes en subissent encore l’influence ; ils rêvent un roi à leur ressemblance, leur éducation républicaine les préserve du culte de la royauté tel qu’on le trouve chez les barbares, où le sentiment de la dignité humaine n’existe pas. Il n’y a pas un compatriote de Démosthènes qui n’eût été révolté des formes que prenait en Égypte la flatterie envers les rois. L’Égypte a donné l’exemple de ces serviles apothéoses de princes qui ont déshonoré la fin du vieux monde. On peut donc voir un trait du caractère égyptien dans le passage du Livre sacré où les rois sont présentés comme de véritables dieux sur la terre ; leurs âmes, d’après l’auteur, sont d’une autre espèce que celles des autres hommes.

Il existe une autre cosmogonie hermétique, mais beaucoup plus courte, intitulée le Discours sacré. Le titre de ce discours pourrait faire croire qu’il se rattache au Livre sacré, mais le style est tout autre ; le Discours sacré n’a rien de grec, il est même incorrect, et ce pourrait bien être une traduction. Le ton général rappelle les formes hébraïques ; mais par l’ensemble des idées ce morceau est plutôt égyptien que juif. Les dieux des astres interviennent dans la création ; leur action est même plus directe que celle du Dieu suprême, qui n’a qu’un caractère abstrait et impersonnel. Plutarque et Ælien nous disent que dans la cosmogonie égyptienne les ténèbres précèdent la lumière ; nous retrouvons ici la même idée. « Il y avait des ténèbres sans limites sur l’abîme, et l’eau, et un souffle subtil et intelligent contenu dans le chaos par la puissance divine. Alors jaillit la lumière très sainte, et sous le sable les élémens sortirent de l’essence humide, et tous les dieux débrouillèrent la nature féconde. » Ce passage fait songer au début de la Genèse, aux ténèbres couvrant la face de l’abîme, au souffle de Dieu planant sur les eaux ; mais on y trouve encore plus de ressemblance avec la cosmogonie égyptienne, qui, d’après Damaskios, admettait comme premiers principes les ténèbres, l’eau et le sable. Enfin l’influence des astres sur la destinée humaine est clairement indiquée par ces mots : « leur vie et leur sagesse sont réglées à l’origine par le cours des dieux circulaires, et se terminent en lui. » On peut trouver aussi des traces d’idées égyptiennes dans le