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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/804

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qu’on ne sait pas encore expliquer suffisamment l’Enéide ; il est sûr du moins que son commentaire géographique ne manque ni de nouveauté ni d’audace, et qu’il y a beaucoup à gagner au contact de cette science toute spéciale.

La seconde moitié de cet ouvrage, consacrée à l’histoire, par ordre chronologique, des relations entre l’empire romain et les pays de l’extrême Orient pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, montre à l’œuvre cette science de l’arabisant avec toutes ses ressources appliquées à l’étude attentive et patiente de l’antiquité classique. Assurément il y a des conquêtes imprévues à faire dans cette voie. C’est la comparaison des monumens que nous appelons classiques avec les témoignages de la science orientale qui nous instruira seule des liens encore peu connus par lesquels les différentes nations de la grande race indo-européenne se rapprochent et s’unissent. La grammaire et la mythologie comparées nous réservent sur ce grave sujet d’importantes découvertes. Dernièrement M. Bréal, dans un intéressant écrit sur la légende de Cacus et d’Hercule, nous donnait, lui aussi, un commentaire de Virgile, et, suivant le témoignage de ce juge compétent, l’auteur latin, aidé par cette divination poétique qui peut tenir lieu à certains égards du sens historique, a si bien reconstruit les premiers temps de la race italienne, que chaque vers de l’invocation des prêtres saliens dans son récit de l’épisode de Cacus pourrait trouver son développement naturel et identique dans la citation de nombreux couplets des hymnes védiques, grâce à la conformité de l’expression et de l’idée, et grâce au lien secret qui unit des peuples fort inconnus l’un de l’autre, fort séparés par le temps et l’espace, mais qui sont de même origine. Dans cette voie nouvelle de la science critique, nos orientalistes devront répondre à beaucoup d’espérances ; on rendra ce témoignage à M. Reinaud, qu’il a pris les devans avec l’autorité de son nom et de ses travaux antérieurs. Le domaine de la géographie comparée, qui lui appartient, est un des plus riches et un de ceux qui nous promettent la moisson la plus abondante.


A. GEFFROY.


V. DE MARS.