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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/803

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d’Actium, à la fin du VIIIe livre de l’Enéide, Properce dans ses élégies, Horace et Tibulle nous parlent des rapports de la Bactriane avec le triumvir, et nous savons maintenant avec certitude l’union conclue entre Marc-Antoine et le roi indo-scythe Kanischka. Les beaux travaux de Lassen et de Weber sur l’Inde et la Bactriane après Alexandre nous avaient donné les principaux traits de ce grand tableau historique ; M. Reinaud, s’aidant de nouvelles découvertes dues à une érudition toute spéciale, a repris à nouveau ce curieux sujet, qu’il a développé. De trop nombreux problèmes se présentaient à lui pour que nous puissions ici les énumérer tous. Un des principaux était de fixer définitivement la situation géographique du pays des Sères suivant les idées des anciens ; M. Reinaud n’hésite pas à identifier ce pays avec la Chine. On verra du moins dans son exposé combien le problème est difficile et compliqué ; une des premières données est d’établir quelles étaient aux différentes époques les idées des Romains et des Grecs sur la forme et l’étendue de la terre habitable. A ce propos, M. Reinaud expose le système d’Ératosthène, qui donne au continent asiatique des dimensions fort réduites et a pu contribuer de la sorte à faire croire aux Romains contemporains d’Auguste que la conquête du monde serait effectivement bientôt achevée. Vient ensuite le système de Cratès de Pergame, qui ajoute au monde d’Ératosthène, composé de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, plusieurs autres mondes répandus sur la surface du globe, mais sans communication entre eux. Celui de Ptolémée enfin, vers le milieu du second siècle après Jésus-Christ, recule toutes les limites, ouvre de nouveaux horizons devant les esprits, et doit modifier par conséquent toutes les anciennes idées de conquête universelle ; mais il n’est guère adopté tout d’abord qu’en Orient et chez les chrétiens. Ces considérations sur les systèmes cosmographiques des anciens, exposées en détail, appuyées de cartes spéciales, forment une importante partie du travail de M. Reinaud. Il a raison de soutenir que, sans de tels commentaires, beaucoup de points restent parfaitement obscurs, soit dans la politique des chefs de l’empire romain, soit dans l’expression de cette politique par les historiens et les poètes.

Chez les poètes en particulier, l’auteur a cru trouver, par une comparaison avec les témoignages chinois, indiens et arabes, des informations toutes nouvelles, en ce sens que personne ne les aurait remarquées avant lui. Virgile, Horace, toute la pléiade poétique des commencemens de l’empire, nous entretiennent à chaque page des conquêtes les plus lointaines, qu’ils attribuent aux armées de Rome. M. Reinaud voit dans chacune de ces énumérations géographiques autre chose qu’une amplification de rhéteur, de courtisan ou de poète ; il établit des rapprochemens curieux, des analogies singulières, et il édifie de la sorte toute une exégèse politique à propos d’Horace et de Virgile. Je ne sais pas s’il convertira nos latinistes et s’il fera admettre ses vues jusque dans l’enseignement public, où il affirme