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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/799

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Ainsi tout un monde animal a existé à l’époque où ce terrain gypseux se déposait dans les lagunes qui formaient alors le bassin d’Aix, tout un monde de poissons, de batraciens, d’insectes, analogues à ceux qui vivent encore aujourd’hui dans ces eaux. En même temps se développait une flore qui rappelle de tous points celle que l’on rencontre toujours en Provence. Par conséquent, dès ces temps géologiques, dont nous séparent peut-être des milliers de siècles, les conditions de la vie étaient déjà les mêmes qu’aujourd’hui. L’atmosphère avait la même composition, la même température. Bien plus, le relief du sol avait pris à peu près ses formes définitives, car le terrain à gypse affleure, c’est-à-dire apparaît presque partout à la surface. En présence de pareils faits, on se demande si l’homme n’a pas été le contemporain des êtres vivans dont on vient de parler, car on ne voit aucune raison à ce que son apparition ait pu être différée du moment où toutes les conditions nécessaires à son développement se trouvaient remplies.

Il y a dans la succession des êtres, à travers le millénaire géologique, comme une progression fatale. Chaque animal vient pour ainsi dire à son heure. La vie revêt des formes de plus en plus parfaites, des formes même qui parfois nous étonnent. C’est ainsi que les trilobites du monde primitif ont précédé les crustacés, — les grands sauriens de la période secondaire les reptiles actuels, — les grands pachydermes de la période tertiaire la faune contemporaine. Dans cette faune, l’homme lui-même semble avoir été précédé par le singe, et il n’y a aucun blasphème à l’écrire, car un hiatus immense, insondable, sépare l’homme des quadrumanes. Dans tous les cas, comme l’a dit un grand naturaliste, il vaut mieux voir en l’homme un singe perfectionné qu’un Adam dégénéré. Avec l’homme apparaissent pour la première fois l’intelligence et la civilisation sur le globe ; mais l’homme lui-même s’en ira à son tour pour faire place peut-être à une créature supérieure, perfectionnée, comme notre imagination semble quelquefois en rêver. A la fin, la terre elle-même, quand elle aura rempli son rôle, perdu son eau, sa chaleur propre et son atmosphère, quand le feu central sera éteint, verra la vie se retirer d’elle, comme la vie s’est déjà