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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/772

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THEATRE CONTEMPORAIN

LA CONTAGION
ET LE THEATRE DE M. EMILE AUGIER.

Il y a quinze ans, au moment où M. Emile Augier venait de faire représenter au Théâtre-Français les scènes ingénieuses du Joueur de flûte, le loyal écrivain qui tenait alors le premier rang dans la critique militante comprit que le jeune poète touchait à une heure décisive et qu’il devait absolument se renouveler, sous peine de déchoir. Dans les cinq comédies en vers que M. Augier avait données à cette date, la peinture de la fantaisie convenue l’emportait de beaucoup sur l’étude vivante de la réalité. La Ciguë, l’Aventurière, le Joueur de flûte, œuvres charmantes de verve et de passion, attestaient surtout, avec le don du style franc, le goût de la comédie traditionnelle ; l’Homme de bien et Gabrielle, où l’auteur s’était essayé à la peinture des mœurs contemporaines, indiquaient au contraire, malgré de rares mérites, une certaine hésitation. Cette hésitation n’était pas seulement visible dans la conception un peu embarrassée de l’Homme de bien, dans l’exécution insuffisante du programme de Gabrielle ; un signe principal la trahissait, je veux dire la marche même, la marche capricieuse et incertaine que suivait l’imagination de l’auteur. Après avoir débuté en 1844 par un tableau de fantaisie qui tout d’abord lui fît une place à part au milieu des hommes de sa génération, il avait senti que le poète comique doit reproduire la vie réelle, et courageusement il était passé de son Athènes de convention au Paris de nos jours. Cette tentative ne lui ayant valu qu’un succès d’estime, ou plutôt les spectateurs qui avaient salué la Ciguë comme une espérance n’ayant pu dissimuler à l’apparition de l’Homme de bien une espèce de désappointement, l’auteur était retourné bien vite