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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/715

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deux extrémités est et ouest de ce même trapèze, des pratiques judiciaires qui rappellent l’ordéalie ou jugement de Dieu des anciens Saxons font de nombreuses victimes : quand un individu est accusé de quelque méfait de sorcellerie ou de quelque autre délit tout aussi absurde, il est condamné par le prêtre devin à subir l’épreuve, c’est-à-dire à boire une décoction vénéneuse. Si l’accusé rejette le breuvage, il est déclaré innocent ; s’il le garde, il est coupable et puni de mort ; le plus souvent le breuvage le tue.

Tels sont les caractères principaux des populations qui vivent entre le fleuve Orange et le bassin du Zambèse. Nous connaissons le théâtre d’exploration qui s’ouvrait devant Livingstone ; c’est le voyageur lui-même maintenant qu’il faut suivre.


II

Le docteur Livingstone est le fils de ses œuvres ; il ne doit qu’à une énergie, à une persévérance indomptables les connaissances qu’il a acquises et la position qu’il s’est faite dans le monde savant. Il est né en Ecosse, sur les bords de la Clyde, dans un pays de travail opiniâtre qui fait un constant appel à toutes les forces vives de l’homme. Sa famille n’avait d’autre patrimoine qu’un caractère fortement trempé et des mœurs sévères. Un de ses ancêtres était tombé à Culloden ; ses oncles avaient pris du service lors de la grande lutte de l’Angleterre contre le premier empire. Dès l’âge de dix ans, il est appelé à prendre sa part des charges de la famille en travaillant, comme rattacheur, dans une filature de coton près de Glasgow. Il y reste plus de onze ans et passe par tous les grades du métier ; mais telle est la soif d’instruction qui le dévore qu’après un travail manuel de douze heures par jour il trouve encore assez de temps pour étudier le latin et le grec, sans rien négliger de ce qui constitue une éducation libérale. Il prend la pieuse résolution de se consacrer à l’œuvre des missions et choisit la Chine pour champ d’activité ; mais, soucieux de conserver son indépendance, il étudie à Glasgow la médecine en même temps que la théologie, et, muni d’un diplôme de médecin de la faculté de cette ville, il se dispose à partir lorsque la guerre de l’opium éclate. Il se décide alors à se rendre en Afrique sous les auspices de la Société dès missions de Londres, et s’embarque en 1840 pour le cap de Bonne-Espérance. Son premier soin, à peine arrivé à la station qui lui avait été assignée, à sept cents milles dans l’intérieur des terres, est de s’interner dans un village indigène, où il passe six mois, séquestré de toute société d’Européens, à étudier la langue et les mœurs des Béchouanas. Il avait bien les qualités de patience, de volonté et d’observation qui convenaient à son nouveau rôle ; on va