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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/702

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est-elle destinée à donner une impulsion plus vive et plus étendue à ce mouvement ascensionnel ? Doit-elle remplacer, au profit d’un plus grand nombre d’artisans, la méthode simple qui a créé jusqu’ici les patrons de la petite et de la moyenne industrie ? Il est à craindre, quand on se laisse entraîner à cette espérance, que l’on ne se rende pas suffisamment compte de la nature même des sociétés de production.

Tout produit implique l’emploi du capital et de la main-d’œuvre, et la valeur de ces deux élémens ne se réalise que par la vente. Lorsque le capitaliste qui fournit l’argent n’intervient dans la production que pour recevoir l’intérêt stipulé, et lorsque l’ouvrier qui apporte la main-d’œuvre n’intervient également que pour recevoir la rémunération convenue, sans que ni l’un ni l’autre aient à s’occuper de la vente du produit, l’opération ne présente aucune difficulté.. Le paiement des salaires est réglé et effectué préalablement à la perception du prix de vente., Si au contraire le producteur se charge tout à la fois de la fabrication et de la vente, l’entreprise devient commerciale, et comme la rémunération du travail, ainsi que celle du capital, ne peut se retrouver que dans le prix payé par le consommateur, c’est le caractère commercial qui domine l’ensemble de l’opération. L’association coopérative pour la production aboutit donc à la création d’une véritable maison de commerce, et dès lors elle est soumise à tous les hasards. Pour le crédit coopératif, chaque associé peut n’être compromis que jusqu’à concurrence du montant de ses cotisations : la majeure partie de son salaire demeure intacte. De même dans les sociétés de consommation le salaire n’est atteint qu’en proportion de la cotisation consentie par l’ouvrier. En outre la perte de la mise est limitée, parce que les marchandises en magasin, achetées au jour le jour en vue d’un débit à peu près certain, ne seront jamais complètement dépréciées. La situation est bien différente pour les sociétés de production. Ici ce n’est plus une partie du salaire qui est engagée, c’est le salaire tout entier, car le paiement du travail dépend absolument du résultat de la vente des produits. En vain dira-t-on que l’ouvrier associé recevra d’abord un à-compte représentant la valeur approximative de son travail en attendant que le prix de vente ait été réalisé. Du moment que la vente est aléatoire, tout ce qui dépend d’elle, intérêt du capital et salaire du travail, est également aventuré, de telle sorte qu’il y aurait imprudence a escompter la valeur vénale des produits, et que la moindre crise commerciale compromettrait d’un seul coup non-seulement l’association, mais encore la subsistance même des associés. Voilà ce qui rend particulièrement difficile la société coopérative pour la