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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/688

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se vendre moyennant un prix déterminé, rien ne serait plus aisé que de partager ce prix de vente entre les divers agens de la production au prorata de la part de travail accomplie par chacun d’eux. Dans ce cas, la rémunération du capital, de l’intelligence et du labeur manuel serait uniforme, sinon égale ; il ne serait plus question ni d’intérêt, ni de profit, ni d’honoraires, ni de salaire, ni de toutes ces autres dénominations par lesquelles la langue vulgaire et la langue économique expriment la récompense due au travail ; on se bornerait à partager entre les associés, sauf discussion sur la quotité respective des parts, le produit de la vente. Il y aurait pour tous une rémunération de même nature, et il suffirait d’un seul terme pour l’exprimer ; mais en fait l’opération ne se présente pas avec cette simplicité. La vente ne suit pas immédiatement la production ; le travail ne se réalise pas au jour le jour : souvent le produit se vend au-dessous du prix équitable de rémunération ; quelquefois, après avoir été vendu à crédit, il n’est pas payé ; il arrive enfin qu’il ne se vend à aucun prix. Quelle est alors la situation des associés ? L’un peut, grâce à ses ressources accumulées, attendre le moment où il recevra la rémunération de son concours ; l’autre ne peut pas attendre ; celui-ci peut supporter une perte, celui-là ne le peut pas ; tandis que tel est en mesure d’affronter un risque, tel autre n’a ni la faculté ni la volonté de courir la moindre chance. Bref, autant d’associés, autant de conditions différentes auxquelles il a fallu pourvoir par des modes différens de rémunération et de paiement. Le salaire est l’un de ces modes ; il procède d’une combinaison non-seulement licite, mais encore nécessaire, qui attribue à une partie des agens de la production, quelle que soit l’époque de la vente du produit, quel que soit le résultat de cette vente, gain ou perte, une rémunération immédiate et certaine, tandis que les autres agens qui ont fourni le capital, les matières premières, l’outillage, etc., se chargent de liquider l’opération à leurs risques, périls et profits. Ainsi l’association existe pour la fabrication des produits, puisque sans lé concours des divers agens que nous avons énumérés cette fabrication serait généralement impossible ; de même c’est en vertu d’un contrat, d’un véritable acte de société dans toute l’acception du mot, que la valeur intrinsèque et la valeur du travail, contenues et confondues dans chaque produit, se répartissent entre les associés sous des formes qui, pour être dissemblables, n’en demeurent pas moins l’expression et comme le dernier terme de l’association, et qui ont le mérite d’être appropriées aux besoins, aux intérêts, aux convenances très variables de tous les agens producteurs. Loin d’être incompatible avec le principe d’association, la forme du salariât est