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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/686

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l’émancipation des classes ouvrières. La révolution de 1789 n’a profité qu’à la bourgeoisie ; elle est demeurée incomplète. Le salariat, qui lui a survécu, n’est que la continuation du servage féodal ; il faut qu’il disparaisse pour faire place à l’association, d’où sortira l’affranchissement pour les ouvriers. Tel est le rôle politique que l’on assigne à la future réforme. En second lieu, l’intermédiaire, ce bourgeois, cet usurier qui prélève sur la production et sur la consommation des bénéfices excessifs et inutiles pour la société, l’intermédiaire, lui aussi, doit être supprimé pour laisser à ceux qui travaillent, comme à ceux qui consomment, la part qu’il retient indûment sur la valeur des produits ; telle sera la conséquence de la révolution économique. Enfin désormais la grande armée ouvrière n’aura plus à obéir à des chefs pris en dehors d’elle : plus de patrons, plus de capitaux étrangers ; elle tirera tout de son sein, le crédit, les forces productives et la direction. Cette direction même devra être constituée de manière à ne point admettre de gérance individuelle ni permanente, car on retournerait ainsi vers le régime monarchique du patron ; elle appartiendra alternativement à tous les associés, de telle sorte que chacun ait sa part dans l’administration, comme il aura sa part dans le travail. Voilà quel est au point de vue social le but du système. — Nous nous bornons à résumer brièvement les doctrines de la nouvelle école. Il convient de reconnaître que parmi les publicistes qui secondent le mouvement réformiste il en est qui ne s’aventurent pas aussi avant et qui apportent à ce programme de nombreux amendemens ; mais il ne s’agit pas de discuter ici sur des nuances : ce qu’il faut rechercher et ce qu’il importe d’apprécier, c’est l’idée générale et fondamentale telle qu’elle est exprimée le plus fidèlement par les ouvriers eux-mêmes qui ont pris la parole ou la plume dans ce débat, et par ceux de leurs conseillers qu’ils paraissent avoir constitués leurs mandataires devant l’opinion publique. Or cette idée, dégagée des détails d’exécution qui parfois l’obscurcissent sans la dénaturer, est bien celle que nous venons d’exposer et qui aboutit à ces trois termes : émancipation politique, émancipation économique, émancipation sociale ; c’est bien là ce que les ouvriers attendent de l’association coopérative.

Il ne viendra certes à l’esprit de personne de contester les bienfaits de l’association. Politiquement l’association forme et consolide les nationalités, elle resserre les liens entre les citoyens du même pays ; économiquement elle favorise la production et contribue au bien-être universel ; socialement enfin elle est, son nom seul l’indique, la société elle-même. L’association, c’est-à-dire l’union des forces s’accroissant par leur accord ou l’union des faiblesses créant