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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/63

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escalier tournant, portait à sa cime la statue équestre de Théodose en argent doré. Des figures de tortues, de crocodiles, de sphinx assises sur d’autres piliers élevaient dans l’air les emblèmes des nations soumises. L’airain sombre des colosses, la blancheur mate des statues, luisaient entre les fûts de porphyre, sous les marbres bigarrés des portiques, parmi les rondeurs lumineuses des coupoles, entre les longues robes de soie, les simarres brochées, les costumes bigarrés et dorés d’un peuple innombrable. Dans un cirque de marbre, les chars couraient autour d’un obélisque égyptien. Sur le pourtour, un pilier d’airain autour duquel s’enroulaient des serpens énormes, les figures fantastiques de Charybde et de Scylla, l’antique sanglier de Calydon, des monstres de marbre et de bronze, annonçaient les fêtes où des lions, des ours, des panthères, des onagres, lâchés dans l’arène, amusaient le peuple de leurs clameurs et de leurs combats. Là, sur un trône soutenu par vingt-quatre colonnes, l’empereur, au jour de Noël, donnait le signal, et des hommes de toutes nations occupaient les yeux de la foule par la singularité de leurs costumes, de leur forme, de leur couleur. Plus loin, un amphithéâtre offrait en spectacle les criminels livrés aux bêtes. A l’orient, Sainte-Sophie étalait ses dômes étincelans, ses cent colonnes de porphyre et de jaspe, ses marbres précieux, veinés de rose, rayés de vert, étoiles de pourpre, dont les teintes de safran, de neige, d’acier, s’entremêlaient comme des fleurs asiatiques parmi des balustrades et des chapiteaux de bronze doré, devant un sanctuaire d’argent, en face d’un tabernacle d’or massif, près de vases d’or incrustés de pierreries, sous les mosaïques innombrables qui revêtaient ses murs de leurs pierres luisantes et de leurs paillettes d’or. Ce qui dominait dans l’église comme dans toute la ville, c’était l’encombrement désordonné et la richesse inintelligente. On prenait la magnificence pour l’art, et on cherchait non la beauté, mais l’éblouisse ment. On accumulait les matières précieuses et on fabriquait des chapiteaux barbares. On quittait les modèles grecs, dont on ne comprenait plus la simplicité, pour les prodigalités orientales, dont on pouvait imiter l’étalage. L’empereur Théophile faisait copier le palais des califes de Bagdad, et le luxe de sa nouvelle demeure, par ses bizarreries et son excès, annonçait les puérilités et le radotage de l’esprit gâté que la vieillesse ramène aux jouets d’enfant. Dans la salle du trône, un arbre d’or avec ses branches et ses feuilles abritait un peuple d’oiseaux d’or dont les voix diverses imitaient le ramage des oiseaux vivans. Au pied de l’estrade, deux lions d’or de grandeur naturelle rugissaient quand les ambassadeurs étrangers étaient introduits. Les grands officiers du palais formaient des rangs chacun avec son costume, son droit de préséance, son attitude, dont tous les détails étaient consignés dans