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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/615

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que nous soyons sûrs de les retrouver chaque année, on nous offre de les placer sous la sauvegarde d’une caisse spéciale. Acceptons-les toujours. — Sans doute la nouvelle caisse n’a pas le pouvoir de créer ce qui n’existe pas, elle n’est à la rigueur qu’un déplacement de chiffres ; mais elle peut être un déplacement de chiffres utile, obliger à faire des économies, et une fois faites, empêcher qu’on ne les détourne au profit d’autres intérêts que ceux de l’amortissement. Dans tous les cas, si elle ne réalise pas les avantages qu’on espère, elle est au moins sans inconvénient ; elle ne blesse aucun intérêt, laisse le budget avec ses ressources comme avec ses charges. C’est au moins une tentative pour rendre les économies plus certaines ; à ce titre, elle mérite d’être encouragée, et on aurait mauvaise grâce à ne pas l’accepter en attendant mieux.

En résumé, si le budget de 1866 se présente encore dans des conditions d’équilibre fort incertaines, celui de 1867 nous offre une perspective plus rassurante ; il y a lieu d’espérer que celui-ci se soldera en équilibre, et qu’on trouvera facilement pour la caisse d’amortissement les 20 millions qu’on lui promet. Ce n’est là pourtant qu’un premier pas. Il faut que M. Fould persiste résolument dans la voie où il s’est engagé, qu’il s’oppose avec énergie à toutes les dépenses qui ne seraient pas absolument nécessaires ; il faut que chaque année, pendant quelque temps au moins, il nous apporte un budget en diminution : c’est la seule manière de donner aux efforts qu’il a faits pour 1867 une signification véritable et de les rendre féconds. Il y a en ce moment dans le pays, pour soutenir le ministre qui voudra faire des économies, le même appui que pour celui qui conseillerait des réformes libérales. De même qu’on sent qu’il est temps de clore la période qui a restreint nos libertés politiques, on sent aussi qu’il faut changer de système financier. Au lieu d’énerver les forces productrices du pays, comme on l’a fait, par des appels incessans à l’emprunt ou à l’impôt, il faut s’appliquer à les activer par des dégrèvemens judicieux, des travaux utiles, et par un amortissement modéré, mais permanent. Le ministre qui entreprendra cette tâche et qui saura l’accomplir se créera une situation exceptionnelle et trouvera en France la même popularité dont jouit M. Gladstone en Angleterre ; mais, en sens inverse, celui qui laisserait croître les budgets et les déficits sans rien faire pour l’empêcher engagerait sérieusement sa responsabilité dans l’avenir.


VICTOR BONNET.