Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/586

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


avec des pierres neuves apportées de la montagne, et non pas avec des restes d’anciennes constructions démolies, il avait grand soin de le dire ; tantôt il amenait de l’eau dans son municipe : il la faisait couler dans les rues et sur les places, et la distribuait même aux maisons des particuliers moyennant une certaine redevance. Le plus souvent il se chargeait de construire ou de restaurer quelque monument ; les plus beaux qu’on ait découverts à Pompéi, le temple de la Fortune et celui d’Isis, les portiques et le théâtre, étaient l’œuvre de simples particuliers. Une inscription d’Ostie nous apprend qu’un magistrat, indépendamment des repas publics, des distributions d’argent et des spectacles de tout genre, avait à lui seul fait payer une longue rue, construit ou réparé cinq temples, élevé sur le marché un de ces petits monumens où l’on plaçait les poids publics et sur le forum un tribunal de marbre.

Il est probable qu’il en était dans tous les municipes de l’empire comme à Pompéi et à Ostie ; partout on faisait un point d’honneur aux citoyens riches d’embellir la ville qui les choisissait pour magistrats. La plupart des monumens qui décoraient alors les provinces, et dont il reste de si admirables débris en Italie et en France, ont été élevés de cette façon, sans rien coûter à l’état ni aux municipes. Les empereurs encourageaient de tout leur pouvoir ces générosités. De tout temps, les Romains ont beaucoup aimé la magnificence : il était dans leur caractère d’avoir du goût pour tout ce qui brille et représente ; mais le gouvernement impérial y tenait encore plus que la république, par suite de cet attrait particulier que les régimes monarchiques éprouvent pour la pompe et l’éclat. Il y avait des lois sévères contre ceux qui achetaient les anciens édifices pour les détruire et tirer profit des matériaux. En attaquant avec une vivacité singulière ce qu’elles appellent un commerce honteux et sanglant (fœdumy cruentum genus negatiationis), ces lois ne cherchent pas seulement à défendre les souvenirs du passé, elles veulent surtout épargner à l’œil l’aspect des ruines qui laisseraient croire aux malveillans qu’il manque quelque chose au bonheur de l’empire. Ces monumens qu’elles protègent leur semblent faire éclater aux yeux de tout le monde la félicité universelle (monumenta quibus felicitas orbis terrarum splendet), et c’est pour cela qu’elles mettent tant d’ardeur à les conserver. A chaque fois que l’empire respirait, après ces crises terribles qui compromettaient la sécurité publique, le premier soin du nouveau prince était de réparer les édifices qui avaient souffert pendant les troubles et d’en construire de nouveaux. C’est ce qu’avaient fait tour à tour Auguste, Vespasien et Nerva ; ce dernier avait même prononcé une harangue, que Pline trouvait très belle, pour exhorter tout le