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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/555

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Quand la séance fut ouverte, Orose exposa les faits arrivés en Afrique à propos des prédications de Célestius. Il parla du concile de Carthage et des propositions condamnées par ce concile, lesquelles appartenaient à Pélage lui-même ou étaient des déductions logiques de ses principes. Il les présenta comme inséparables les unes des autres et formant un corps de doctrine parfaitement lié. Rempli de ses récentes communications avec Augustin, il répéta les démonstrations consignées par l’évêque d’Hippone dans le livre De la nature et de la grâce que celui-ci composait alors et dont Orose avait eu la confidence. Le prêtre espagnol invoqua encore à l’appui de son dire une lettre du même évêque aux fidèles de Sicile sur le même sujet. Comme il tenait à la main cette pièce, on lui cria de la lire, et il obéit. La lecture achevée, Jean ordonna qu’on fît entrer Pélage afin de l’entendre à son tour. Lorsque le moine hibernien parut, on lui demanda de divers côtés s’il reconnaissait avoir professé les opinions combattues par l’évêque Augustin, à quoi il répondit insolemment : « Qu’ai-je à faire avec Augustin ? » La renommée du docteur d’Hippone, qui venait d’éteindre en Afrique par son zèle et son habileté le schisme si long des donatistes, était populaire en ce moment dans toute la chrétienté, et l’arrogant propos de Pélage souleva l’assemblée contre lui. Plusieurs membres opinèrent pour qu’il fût chassé de la conférence et exclu de la communion de l’église de Jérusalem ; mais Jean fit la sourde oreille à toutes les réclamations ; au lieu de chasser Pélage, il le fit asseoir au milieu des prêtres, quoiqu’il ne fût que moine laïque et que le caractère du débat en eût presque fait un accusé. Pour l’absoudre même de l’injure qu’il venait d’adresser à Augustin, Jean déclara la prendre pour lui. « C’est moi, dit-il, qui suis Augustin. — Si tu prends la personne d’Augustin, s’écria Orose avec animation, tâche donc de prendre aussi ses sentimens. »

Profitant d’un moment de silence, Jean demanda si ce qu’on lisait dans la lettre d’Augustin était contre Pélage ou contre d’autres que Pélage, ajoutant que si c’était contre ce moine lui-même, il fallait spécifier ce qu’on reprenait en lui. La tactique de l’évêque de Jérusalem était évidente, il cherchait à isoler le maître de ses disciples, à lui laisser pour son lot personnel quelques propositions générales d’une justification aisée en rejetant le reste sur le compte des disciples. Ainsi cantonné, pour ainsi dire, à la source de son hérésie, Pélage restait innocent du poison qu’elle pouvait dégager dans son cours. Cette conduite avait été constamment celle du moine breton pour sa propre défense, et Jean la lui appliquait pour le sauver. Le concile de Carthage avait condamné des propositions telles que celles-ci : « 1° que le péché d’Adam n’avait nui qu’à lui seul et non point aux autres hommes, que les enfans en naissant se