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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/538

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tu étais affiché d’un bout à l’autre de l’Italie, et les gens de bien purent gémir à bon droit lorsque, placé près de l’autel de Dieu, tu fus chargé de faire entendre sa parole…

« Comment qualifier un crime devant lequel la débauche et l’adultère sont presque des actes innocens ? C’était dans la caverne du Christ, sous cette voûte où la vérité est sortie de la terre, que tu venais négocier un pacte d’infamie, et tu n’as pas craint que l’enfant fît entendre un vagissement au fond de sa crèche, que la vierge immaculée t’aperçût, que la mère du Sauveur te demandât avec surprise ce que tu venais faire en ce lieu sacré ! Quand tous les cœurs, toutes les pensées, toutes les oreilles, tous les yeux s’abîmaient dans la grande scène de notre salut, quand on entendait chanter les anges, quand les hymnes du ciel lui-même appelaient les pasteurs à la crèche, que l’étoile rutilante faisait halte au firmament, que les mages adoraient, qu’Hérode tremblait, que Jérusalem tout entière se tenait dans l’émotion et le trouble, tu profitais de l’entraînement de ces grands spectacles sur nos imaginations et nos cœurs pour te glisser honteusement dans la chambre de la vierge de pureté afin d’y séduire une vierge ! Ah ! l’épouvante arrête ma plume, mon corps et mon âme frémissent à la seule idée de reproduire les profanations de ton crime, même pour te sauver. L’église résonnait des veillées nocturnes du Christ, et l’esprit de Dieu éclatait en harmonies dans les différentes langues des nations ; toi, tu gagnais un coin obscur, tu déposais près de l’autel des lettres d’amour, la misérable femme courait s’y agenouiller, et tandis qu’elle lisait, tu avais repris ta place dans le chœur des moines, d’où vos impudiques regards se concertaient.

« Oh ! maudit soit le jour où, l’âme consternée, j’ai lu ces lettres que j’ai encore entre les mains ! maudits soient mes yeux qui les ont lues ! Que de fadeurs, que d’impuretés, que de transports de joie pour un crime ! Est-ce là le langage d’un diacre ? A quelle école l’as-tu appris, toi qui te prétendais un enfant de l’élise, élevé sur les degrés de l’autel ?… Eh bien ! je pleure, moi, de ce que tu ne pleures pas, je frémis de ce que tu ne te sens pas mort, de ce que, pareil au gladiateur qui prépare son dernier combat, tu t’ajustes pour tes funérailles. Comme le linge qui te couvre est fin ! Comme tes doigts étincellent du feu des anneaux ! La poudre donne à tes dents la blancheur de l’albâtre ; tes cheveux, déjà rares, sont ramenés artistement sur ton crâne, pour en déguiser la calvitie ; la senteur des parfums t’annonce au loin ; puis ce sont les bains, les épilatoires, les attitudes molles d’un amant de profession. Va !… tu t’es fait le visage d’une courtisane, et tu ne sais pas ce que c’est que rougir.

« Pourtant tu attaques, tu accuses, et quand je veux te sauver, tu