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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/520

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jusqu’à sa dernière heure le représentant fidèle. « C’est là, dit très bien M. Guizot, l’original et éminent caractère de M. Ampère. »

Une seule chose nous a surpris dans ce portrait de l’homme éminent trop tôt enlevé aux lettres et à la France. M. Guizot ne cède-t-il pas, lui aussi, à des préoccupations étrangères au sujet, quand il fait intervenir la question romaine ? Cette préoccupation est touchante, je le veux bien, elle est un trait de caractère, elle peint la situation morale de l’orateur, et à ce titre elle ne dépare point un discours où abondent les graves pensées ; mais pourquoi donc attribuer à Ampère des opinions qui ne furent pas exactement les siennes ? Âme vive et poétique, Ampère a pu s’exprimer avec attendrissement sur le sort d’une institution à laquelle ont été attachées pendant des siècles les destinées de la civilisation ; la vue des choses qui meurent, alors même que la renaissance est assurée sous une forme meilleure, éveille des sentimens mélancoliques ; l’espoir certain du renouveau nous empêche-t-il de ressentir les tristesses de l’hiver ? Ampère a pu exprimer ces émotions, il les a exprimées certainement, puisque M. Guizot en invoque le souvenir ; est-ce une raison de croire qu’il désirait le maintien de la papauté temporelle ? Lorsque notre collaborateur et ami M. Eugène Forcade publia ici même ses belles études sur ce sujet, Ampère lui fit ses félicitations. Il croyait à la rénovation du christianisme par un retour à l’esprit de l’Évangile ; il voyait dans ce prétendu pouvoir de la cour de Rome une véritable servitude pour la religion du Christ, il appelait secrètement cette épreuve d’où pouvait sortir une renaissance, il l’appelait non pas certes en révolutionnaire grossier, mais en philosophe religieux, en philosophe accoutumé au spectacle des transformations sociales, et qui comptait sur celle-là pour la régénération spirituelle du genre humain. Nous nous bornons à cet erratum, sans lequel la physionomie morale d’Ampère se trouverait légèrement altérée. L’involontaire méprise de M. Guizot ne nous empêche pas de rendre plein hommage à ce vieillard glorieux qui, toujours droit à son poste, sans amertume ni découragement, invite la France à l’accomplissement de ses destinées libérales, et semble bénir en son jeune confrère les générations de l’avenir.


ESSAIS ET NOTICES.


LE BARREAU DE PARIS.


Le barreau français avait été noblement inspiré le jour où il voulut glorifier dans un de ses membres les plus illustres la fidélité professionnelle et l’attachement aux idées libérales : porter la robe tout un demi-siècle et durant cette longue période défendre le faible, le misérable ou l’opprimé sous tous les gouvernemens, en passant à côté de tous les régimes, c’est en effet