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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/508

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esprit ordinaire, et en illustrant son argumentation d’anecdotes piquantes, les obstacles que l’esprit d’association, auxiliaire si naturel et si utile des intérêts agricoles, rencontre dans la législation politique ou dans l’intolérance administrative. L’étude attentive de tous les intérêts nous ramène. constamment à la même impasse : tous les intérêts souffrent de l’insuffisance des libertés publiques. On refuse à des agriculteurs l’autorisation de former des associations, de publier des journaux. Il était utile de prendre acte de tels faits au moment où M. Buffet, esprit si net et si modéré, soutenu par un groupe respectable de députés de la majorité, attendu avec une curiosité impatiente et d’avance applaudi par le public, va développer l’amendement relatif aux progrès des libertés. La logique des choses finira par prévaloir. La liberté économique travaillera infailliblement au profit de la liberté politique. Les intérêts qui vivent de la protection ne peuvent faire autrement que de se courber sous la tutelle du pouvoir ; mais les intérêts livrés aux chances de la concurrence ont le droit d’exiger l’affranchissement politique. La liberté politique est nécessairement le terme d’échange et de compensation de la liberté économique.

La question mexicaine ayant été réservée et ajournée à la discussion des crédits supplémentaires, les affaires extérieures ont moins ému la chambre que les questions intérieures. Il est cependant des points dans la situation de l’Europe qui, en ce moment même, donnent lieu à des préoccupations très graves. Nous voulons parler surtout de la position prise par le gouvernement prussien dans la question des duchés de l’Elbe. Tout le monde sait où en sont les choses entre Berlin et Vienne. Les querelles de l’Autriche et de la Prusse semblent être le fond si naturel et si constant de l’histoire intérieure de l’Allemagne, que l’Europe, fatiguée de cette rivalité tracassière, n’en suit plus les accidens qu’avec une curiosité affadie. Il serait temps néanmoins d’y prendre garde. On connaît la convention de Gastein, qui a donné provisoirement à la Prusse l’administration du Slesvig, à l’Autriche celle du Holstein. Depuis ce partage, l’Autriche a laissé la Prusse gouverner le Slesvig à sa manière ; elle n’a contrôlé ni par des conseils ni par des représentations la politique du cabinet prussien. Celui-ci n’a point usé à l’égard de l’Autriche de la même réserve. La cour de Vienne n’a paru conserver la possession provisoire du Holstein que pour la transmettre à l’ordre de choses dont elle attribue le règlement à la diète germanique ; dans cette période d’attente, elle a cru convenable de laisser jouir le Holstein de ses institutions locales, et elle a autorisé récemment la convocation des états du duché conformément à la constitution que le roi de Danemark avait donnée au Holstein en 1854. La cour de Berlin s’est montrée irritée de ce respect de l’Autriche pour l’autonomie holsteinoise. Affichant ouvertement la prétention d’annexer ultérieurement les duchés à la Prusse, M. de Bismark a envoyé à Vienne d’acerbes remontrances contre la conduite du général de Gablenz, qui gouverne le Holstein pour le compte de l’Autriche. L’administration du général, notamment en ce qui concerne