Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/478

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nous dit-il, il vit clair dans le christianisme, et passa du Timée à l’Évangile.

Cette marche conforme à la nature de son esprit synthétique, pour qui toute vérité religieuse devait rentrer sous les données de la science humaine, et qui mettait la preuve logique acquise par la pensée au-dessus du témoignage des hommes et de l’affirmation des sens, cette marche dans la conversion d’Augustin décida du caractère de sa croyance. Il eut du christianisme un point de vue philosophique auquel il subordonna les miracles et les prophéties ; mais grâce à ce regard hardi plongé dans son essence même il sut en lier toutes les parties et les coordonner dans une construction la plus vaste et la plus magnifique que la science chrétienne ait produite. C’était là la force d’Augustin, et ce fut sa gloire. A côté de cela, il manquait de moyens suffisans pour la pure interprétation biblique. Il savait imparfaitement le grec, n’avait aucune notion de l’hébreu, et quant à l’histoire ecclésiastique, elle se bornait pour lui à des compilations incomplètes publiées en Occident. Platon lui-même, ce flambeau qu’il avait pris pour guide dans les obscurités de la foi, il ne le lisait guère qu’à l’aide de traductions latines, ou l’étudiait dans les interprétations fort arbitraires de l’école nouvelle qui usurpait son nom. Les pères grecs, fondateurs de la haute exégèse sacrée, ne lui étaient pas plus familiers, et, chose bizarre, il connaissait à peine Origène, ce drapeau de tant de luttes bruyantes dont le fracas retentissait autour oie lui ; mais Augustin possédait le génie qui crée, il devinait Platon dans ce qu’il ne lisait pas et se formait à lui-même ses propres méthodes d’exégèse. Cependant la puissance des idées a ses limites, et la logique ne remplace pas toujours l’étude des faits humains.

L’éducation chrétienne de Jérôme s’était faite en sens inverse. Né chrétien, nourri dans une famille chrétienne, imbu de respect et de foi pour les Écritures, dans lesquelles il voyait la parole assurée du Saint-Esprit, il ne demandait qu’à elles-mêmes l’éclaircissement de leurs propres ténèbres. Pour lui, la sagesse humaine n’était que secondaire et subordonnée, la révélation dominait tout. Tandis qu’Augustin arrivait à la foi par la philosophie, Jérôme rejetait toute philosophie comme une erreur et un mal, s’il ne la rencontrait pas sur le chemin de la foi. C’est au service de cette foi entière, exclusive, qu’il dévoua les immenses facultés que la nature lui avait départies. Son constant travail fut d’affermir par l’histoire, par la géographie et les voyages, par l’étude des mœurs orientales, par la tradition, par les langues surtout, le témoignage des faits sacrés, La première de toutes les études pour un docteur chrétien lui semblait celle du livre d’où sort l’Évangile, et le premier devoir celui de