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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/379

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tardive, lui aurait procuré les sommes dont il avait un pressant besoin. Renzo da Ceri leva en toute hâte de 3 à 4,000 hommes, les uns pris parmi les soldats naguère licenciés, les autres tirés des boutiques de Rome et des écuries des cardinaux. La plupart étaient des artisans et des domestiques peu aguerris et nullement disciplinés. Ils étaient déjà cependant sur les murailles du Borgo et du Trastevere, que Renzo da Ceri avait fait remparer précipitamment sur quelques points où elles croulaient de vétusté, lorsque les impériaux descendirent le 5 mai, vers le soir, du Monte-Mario pour s’approcher, à travers les prairies, des collines du Vatican et du Janicule, où s’élevaient le Borgo et le quartier du Trastevere [1].

Rome n’était cependant pas d’un accès facile. Traversée par le Tibre du nord-est au sud-ouest, elle se composait de trois parties fort inégales et pour ainsi dire indépendantes entre elles. De la rive droite du fleuve jusqu’aux pentes extérieures du Vatican et du Janicule s’étendaient en face de l’armée impériale le Borgo et le Trastevere, formant comme deux cités séparées que protégeaient des enceintes continues dont il fallait forcer successivement les murailles. Le Borgo, qu’on nommait aussi la Cité Léonine, placé à la gauche des impériaux et dans lequel s’élevait le palais pontifical et la grande église apostolique de Saint-Pierre, était flanqué d’un côté par le château Saint-Ange et fermé de l’autre par les portes assez bien défendues de Torrione et de Santo-Spirito. L’enlever dans un assaut heureux ne suffisait pas. Il était nécessaire d’escalader ensuite les remparts du Trastevere, que les impériaux avaient à leur droite et dont ils ne pouvaient abattre sans canons les deux portes Settimiana et Saint-Pancrace, l’une tournée vers le Borgo et l’autre s’ouvrant sur la campagne. Enfin, le Borgo et le Trastevere pris, restait à pénétrer dans la vieille et vaste cité du Forum, du Capitole, du Palatin, du Quirinal, qui, entourée de remparts et de tours, s’étendait sur la rive gauche du Tibre, large et profond en cet endroit. On n’y arrivait du Borgo et du Trastevere que par trois ponts faciles à rompre ou à garder. Il y avait donc trois attaques

  1. «… Le dimanche Ve de may, Bourbon vint loger son camp devers la porte Saint-Pancrace, tyrant jusques au Bourg, en délibération de bailler l’assault incontinent sans bapterie et par eschielles… Toutefois feurent pour ce soir si bien servis de mener artillerie qu’ils n’approchèrent la muraille. » — Lettre olographe et inédite de Guillaume du Bellay, qui, revenu de Rome, dont il avait vu et cherché à empêcher la prise, l’écrivit le 8 juillet 1527 à l’amiral Chabot de Brion. — Dans les manuscrits Fontette, portefeuille XXIII, f° 37-38.