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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/372

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V

Le 30 mars 1527, l’armée impériale, qui reçut du duc de Ferrare des munitions, des chariots, des pionniers et quelques vivres, se mit en route conduite par le duc de Bourbon, assisté des douze élus [1]. Elle prit d’abord le chemin de la Romagne, fut arrêtée quelque temps par les rivières, que les pluies avaient grossies, parut sous Imola, où était ailé de Bologne le vigilant marquis de Saluces avec les troupes soldées par la France, poussa jusqu’à Forli, ne parvint à entrer que dans des lieux ouverts, comme Lugo et Cotignola, et se dirigea, exposée aux plus dures souffrances et aux plus extrêmes privations, vers la partie la plus haute et la plus âpre des Apennins, d’où elle comptait descendre et se jeter sur la riche proie de Florence et de Rome. Le duc de Bourbon, qui la menait à ce grand pillage, semblait entraîné par elle et prétendait la suivre afin de la contenir [2]. Il écrivait que, si le pape fournissait à l’armée assez d’argent pour la satisfaire, il la déciderait à rétrograder.

En apprenant que le duc de Bourbon n’avait pas accédé à la trêve sous le prétexte que la somme stipulée de 60,000 ducats n’était pas assez considérable, Clément VII, tout à la fois indigné et effrayé, avait sommé le vice-roi de Naples de faire accepter au plus tôt par l’armée impériale l’arrangement conclu avec l’empereur. Lannoy, qui était alors à Rome, où le pape l’avait appelé pour être encore plus rassuré par sa présence, ne refusa point de s’entremettre auprès du duc de Bourbon et de l’armée, mais en demandant que les 60,000 ducats fussent portés à 150,000 pour satisfaire aux désirs de l’un et arrêter les mouvemens de l’autre [3]. Comme cette somme ne pouvait pas être trouvée tout de suite à Rome, Lannoy se rendit avec un maître d’hôtel du pape à Florence, intéressée au maintien d’un accord qui l’arracherait au péril dont elle était menacée. Le vice-roi assura qu’à ce prix il ferait rétrograder l’armée, et il s’engagea, si le duc de Bourbon ne s’y montrait point disposé, à détacher d’elle tout au moins les Espagnols et les hommes d’armes.

Pendant dix jours, il négocia la levée des 150,000 ducats avec les Florentins, qui promirent de les fournir et vendirent les vases de leurs églises pour les trouver. Cet accord nouveau eut l’assentiment de deux gentilshommes, La Motte et Montbardon, que le duc de Bourbon avait envoyés à Florence avec son aumônier Jean de

  1. « L’armée marche sans ordre et avec beaucoup d’ardeur vers la Romagne, accompagnée de ses douze élus. » Lettre du 4 avril, p. 233-234.
  2. C’est ce qu’il écrit au lieutenant du pape Fr. Guicciardini. — Guicciard., lib. VIII.
  3. Mémoire de Lannoy à l’empereur, §§ XXXI-XXXV. — Guicciard., lib. XVIII.