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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/320

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citadelle de Plymouth, d’où sortait en ce moment-là un bruit de fanfares, — puis de nouvelles fortifications et grand nombre de batteries circulaires qu’on construisait de distance en distance soit à fleur d’eau, soit sur les collines sablonneuses qui dominent le détroit. Son orgueil national était surtout flatté par le grand nombre de navires étrangers, — russes, suédois, norvégiens, hollandais, — qui s’étaient donné rendez-vous depuis quelques jours dans le sound. La barque à laquelle il venait d’attacher la voile glissait comme un oiseau à la surface des vagues mollement soulevées. Il ne manquait, disait-il, qu’un ciel plus clair pour rappeler la baie de Gênes, et encore le soleil faisait de son mieux ce jour-là pour animer la scène. Chaque vague portait à sa cime une lumière blanchâtre dans laquelle jouaient des étincelles. C’était un temps des plus favorables pour descendre au fond du détroit. La ligne de terre ondulait avec grâce sur la droite, laissant apercevoir distinctement la charmante promenade du Hoe, l’établissement des bains et la colline boisée d’Edgcumbe. Cependant nous approchions du Break-water, cette chaussée des géans, à côté de laquelle nous découvrîmes un vieux bâtiment démâté. Dans ce vaisseau de rude apparence et recouvert d’une espèce de toit vivent, comme dans une maison flottante, les ouvriers qui travaillent encore au brise-lame. Ils passent alternativement un mois à bord et l’autre mois à terre. Un de leurs petits profits consiste dans la vente d’objets de fantaisie qu’ils offrent aux visiteurs et qu’ils disent tailler eux-mêmes avec la lame d’un couteau dans les roches qu’ils font sauter du fond de la mer. Bientôt j’entendis la forte pulsation de machines ronflant et soufflant comme autant de monstres marins : c’était le bruit asthmatique des pompes à air qui alimentent les cloches ensevelies sous l’eau. J’étais en effet arrivé au terme de mon voyage : là, selon l’expression du nautonnier, je devais aller rendre visite aux congres du détroit.

Malheureusement il existait beaucoup d’obstacles que je n’avais point prévus. Le surveillant des travaux ne se croyait point autorisé à prendre sur lui une responsabilité aussi grave. On n’avait jamais entendu parler « d’un amateur » voulant descendre dans ces machines qui demandent des constitutions à l’épreuve de certains accidens physiques. A peine se, souvenait-on d’un ou deux cas où des savans avaient tenté ce voyage sous-marin, et le sang leur était monté violemment à la tête. L’un d’eux était même resté assourdi durant quelques jours. Un autre argument me convainquit davantage : ces sortes de descente coûtent à la compagnie une douzaine de livres sterling (250 francs) ; il faut interrompre les travaux et détourner les pompes à air du but pratique auquel naturellement