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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/316

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L'ANGLETERRE
ET
LA VIE ANGLAISE

XXIX.
LES PLONGEURS ET LA VIE SOUS L'EAU.
LE DIVING-BELL, LE DIVING-APPARATUS ET LE VILLAGE DE WHITSTADLE.



De tout temps, le rêve de l’homme a été de pénétrer au fond de la mer, soit pour en sonder les mystères, soit pour en recueillir les trésors, et pourtant jusqu’ici on ne connaissait guère que la surface de ce grand désert d’eau qui couvre les trois quarts de notre globe. L’imagination des poètes avait, il est vrai, bâti sous les vagues des palais imaginaires, élevé des grottes de corail et pavé de nacre le lit de l’océan ; mais l’œil de quelque hardi plongeur avait à peine entrevu la sombre réalité de l’abîme. Et comment en eût-il été autrement ? Que pouvait l’homme réduit à ses propres forces contre la masse irritée des ondes sous-marines ? L’art de plonger à nu sous l’eau se trouve limité par notre constitution ; aussi n’a-t-il fait aucun progrès [1]. L’expérience démontre bien qu’on peut prolonger par

  1. Les voyageurs anglais racontent que les naturels des îles appartenant à la Mer du Sud nagent et plongent comme des poissons. Vient-on à jeter devant eux un clou ou tout autre objet dans les flots, ils sautent aussitôt à la poursuite de ce mince trophée qu’ils rapportent du fond du gouffre avec un air de triomphe. Ils paraissent jouir sous l’eau de leur présence d’esprit tout aussi bien que s’ils étaient à terre. Un jour une enclume était tombée d’un navire ; les habitans des îles trouvèrent ce bloc trop lourd pour le soulever vers la surface des lames. Que firent-ils ? Quelques-uns d’entre eux descendirent à plusieurs reprises au fond de la mer, et à force de rouler l’enclume sur elle-même ils finirent par l’amener jusqu’au rivage. Parmi les plongeurs de l’Orient, les plus célèbres sont encore ceux de Ceylan, qui vont chercher sous les vagues l’huître à perles. Accoutumés depuis l’enfance à jouer avec les profondeurs de la mer, on les a vus descendre jusqu’à quarante et cinquante fois dans un jour sous les vagues. Ce travail est d’ailleurs si pénible qu’en revenant à la surface ils rendent par la bouche, par le nez et par les oreilles de l’eau souvent mêlée de sang. Le plongeur indien est exposé à plus d’un danger, mais celui qu’il redoute le plus est la rencontre du requin. On se rappelle à ce propos un émouvant récit publié par M. Gabriel Ferry dans la Revue du 15 avril 1846.