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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/270

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La sollicitude de l’administration devait naturellement s’étendre aussi sur l’orchestre : pour qu’à ce splendide ensemble rien ne manque, le nombre des instrumens à cordes sera augmenté ; c’est, à vrai dire, le mieux qu’il y eût à faire. Toujours sobre, discret en ses combinaisons symphoniques, attentif comme Raphaël à maintenir dans une harmonie absolue la tonalité de sa couleur, Mozart, on le sait, n’emploie les cuivres qu’avec une mesure extrême, réservant pour certains effets en dehors et voulus de loin, — l’entrée en jeu de la statue par exemple, — les trombones, qui depuis sont entrés dans la contexture ordinaire du plus simple discours musical. Là se cachait un péril. L’oreille, habituée aux vigoureuses sonorités modernes, réclamerait son contingent ; les yeux mêmes seraient désagréablement affectés de voir pendant toute une soirée divers pupitres inoccupés. Et cependant pour le simple plaisir des oreilles et des yeux on ne pouvait guère ajouter des cuivres à l’orchestre de Mozart ; la seule mesure praticable était celle dont on use au Conservatoire, et qui consiste à renforcer le quatuor, à mettre plus de violons, d’altos, de violoncelles et de contre-basses, ce qu’on fera. Il va sans dire que l’orchestre fonctionnant sur le théâtre pendant le bal et le souper de don Juan forme bande à part, et sera également engagé pour la circonstance.

Ajouterai-je maintenant que la note de Mozart sera respectée ? Les assertions de ce genre aujourd’hui ne signifient absolument rien ; tout au plus serviraient-elles à l’amusement de quelques naïfs badauds, qui s’imaginent qu’il existe des termes de quantité dans la manière dont se distribue une pareille marchandise. Annoncer qu’on va jouer Don Juan, c’est implicitement s’engager d’avance à respecter le texte. Vous voudriez faire autre chose : arranger, amplifier, corriger, embellir, comme on faisait autrefois, que l’esprit du temps ne vous le permettrait pas. Et qui donc le voudrait ici, l’Opéra ou le Conservatoire, — car l’un et l’autre sont engagés dans cette affaire, disons mieux, dans cette question d’art, l’Opéra par son directeur, auquel revient l’honneur d’avoir eu l’idée de cette reprise, et le Conservatoire par l’artiste éminent que la Société des concerts s’est donné pour chef, et qui dirige également l’orchestre de l’Académie impériale de musique ?

F. DE L……

ESSAIS ET NOTICES.


UNE BIOGRAPHIE NOUVELLE DE LA MARQUISE DU DEFFAND.

Les lettres de Mme Du Deffand n’avaient jamais été réunies dans un recueil spécial ; elles paraissent aujourd’hui coordonnées et précédées d’une biographie très complète[1]. On sait assez quelle place tient la vie de la

  1. Correspondance complète de la marquise Du Deffand, précédée d’une histoire de sa vie, etc., par M. de Lescure ; 2 vol., H. Plon.