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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/246

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



28 février 1866.

On ne rendrait point à M. Thiers l’honneur qui lui est dû, si l’on essayait de louer l’honnête, le patriotique, le magnifique discours qu’il vient de prononcer au corps législatif. De pareils actes se louent eux-mêmes. On sent que tous les témoignages de l’admiration seraient mesquins en face d’un homme qui a la félicité de consacrer à sa cause un talent aussi grand qu’elle. On ne peut que s’unir à lui par ces muets serremens de main où passent les tressaillemens des âmes et par le simple aveu d’une reconnaissance profonde.

C’est une grande et noble joie, par le temps équivoque où nous vivons de voir qu’enfin notre France de 1789 a trouvé un interprète digne d’elle. La grande portée du discours de M. Thiers est dans la sûreté puissante, lumineuse, décisive, avec laquelle il a rattaché aux principes de 1789 l’œuvre politique proposée à la France présente. Avec un rare mélange de sagacité et de modération, don heureux d’une raison maîtresse d’elle-même, M. Thiers a découvert dans la constitution qui nous régit, dans la légalité la plus stricte, les titres au nom desquels la France doit revendiquer l’accomplissement du vœu suprême de la révolution. La constitution de 1852 s’est placée sous l’invocation des principes de 1789. Elle dit dès le premier article : « La constitution reconnaît, confirme et garantit les grands principes proclamés en 1789 et qui sont la base du droit public des Français. » Les principes de 1789 sont donc notre grande charte à nous, celle à laquelle la constitution actuelle, de son propre aveu, emprunte son autorité et sa sanction. Or ces principes ne sont point une tradition confuse et indéterminée qui se prête à des interprétations arbitraires et contradictoires Ils sont définis par des formules précises et inflexibles dans les déclarations des droits et des garanties qui forment le préambule de la constitution de 1791. Devant ces formules, aucune ambiguïté ne peut subsister sur le droit public que la révolution a entendu fonder en France. La révolution, comme on le sait et comme M. Thiers vient de le rappeler, a