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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/242

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peine perceptibles. Au moyen de cinq ballons que l’on hisse en l’air, en leur donnant diverses positions conventionnelles, on arrive à signaler de 25 en 25 centimètres toutes les hauteurs d’eau comprises entre 3 et 9 mètres, limites extrêmes pour les navires de long cours. De plus un pavillon blanc avec croix noire et une flamme noire indiquent, suivant la position respective de ces deux objets, que la marée monte ou descend. Un pavillon rouge hissé en tête du mât des signaux avertit que l’entrée du port est interdite. Ainsi, depuis l’instant où le marin aperçoit la terre jusqu’à celui où il se trouve abrité au fond du port, des signes de convention le guident et le pilotent au milieu des dangers qu’il côtoie. Il s’établit entre le navire et la terre ferme une sorte de communication télégraphique qui rend le capitaine aussi sûr de sa marche sur une côte qui lui est inconnue que s’il naviguait toujours dans les mêmes parages. Ce n’est au surplus qu’une application restreinte d’un système de télégraphie marine beaucoup plus complet dont les vaisseaux de guerre ont aujourd’hui le privilège, et dont les bâtimens du commerce seront appelés plus tard à profiter. Sur les points saillans de notre littoral se dressent des sémaphores, c’est-à-dire des mâts à signaux, et au pied s’abrite une petite cabane où, comme dans les phares, des gardiens veillent sans interruption. Au moyen de pavillons combinés en diverses façons variables presque à Tin-fini, ils correspondent avec le navire qui passe au large. Chaque série de pavillon signifie un mot, une phrase, un chiffre d’un vocabulaire convenu à l’avance. Le navire peut, par ce moyen, faire connaître, Sans accoster, le lieu d’où il est parti, demander des secours du des renseignemens, s’enquérir des faits qui l’intéressent, annoncer son arrivée au port destinataire. Le vocabulaire dont il s’agit, traduit dans les différentes langues de l’Europe, exprime toujours les mêmes mots et les mêmes phrases par les mêmes signes. C’est une langue universelle d’un nouveau genre. Entre un navire et la côte, ou bien entre deux navires qui se rencontrent en mer, une conversation peut s’engager, bien que chacun des interlocuteurs ne parle que sa propre langue et ignore celle de son correspondant. En l’état d’incertitude où l’on se trouve après une longue traversée, cette correspondance avec l’inconnu, terre ou vaisseau qu’on aperçoit à distance, c’est pour le navigateur une joie et une consolation, quelquefois même c’est le salut du navire et de son équipage.

L’éclairage et le balisage des côtes, pour en revenir à l’objet principal de cette étude, sont sans contredit une institution bienfaisante, puisque les travaux qui s’y rapportent n’ont d’autre but que de prévenir les naufrages. A ce point de vue, on ne saurait