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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/24

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Se tournant alors vers l’ambassadeur de François Ier, il lui dit : « Si votre roi avait tenu ce qu’il m’avait promis, il ne serait pas nécessaire de proposer aujourd’hui de nouveaux arrangemens. Il ne me convient pas de lui rendre ses enfans pour de l’argent. Je n’ai pas voulu d’argent pour le délivrer. Il m’a trompé ; je ne me fierai jamais plus à lui, sans avoir de gage de sa parole. Aujourd’hui il me semble en avoir de bons entre les mains. S’il compte les avoir par force, je l’assure qu’il n’y parviendra pas, tant qu’il restera pierre sur pierre dans un de mes royaumes, fussé-je forcé de reculer jusqu’à Grenade. J’ai usé envers lui de libéralité et de magnanimité, et lui a usé envers moi de pusillanimité et de perfidie. Il n’a point agi en vrai chevalier, ni en vrai gentilhomme, mais méchamment et faussement[1]. Je vous demande, comme à son ambassadeur, que le roi très chrétien me garde la foi qu’il m’a donnée de redevenir mon prisonnier, s’il ne satisfaisait pas à ses promesses. Plût à Dieu que ce différend eût à se débattre entre nous deux, de sa personne à la mienne, sans exposer tant de chrétiens à la mort ! Je crois que Dieu montrerait sa justice [2]. »

Après ces paroles, qu’il prononça avec véhémence, l’empereur congédia les ambassadeurs de la ligue. Jean de Calvimont ne transmit point au roi de France cette offensante provocation, que François Ier n’apprit que beaucoup plus tard et qui fut sur le point d’amener un duel entre ces deux princes. Si l’empereur parlait avec ce mépris injurieux du roi, il gardait plus de ménagement pour le pape, qu’il espérait encore détacher de la confédération. Il n’avait pas tardé à se repentir de n’avoir point écouté le chancelier Gattinara, qui lui conseillait de s’entendre avec les Italiens pour avoir mieux raison du roi de France. Il s’était entendu au contraire avec le roi de France, qui lui avait abandonné l’Italie en même temps qu’il lui avait promis la cession de la Bourgogne ; mais il ne recevait pas la Bourgogne et il était menacé en Italie. Dans cette situation, que trouva-t-il de mieux à faire ? Il avait cru, au mois de janvier, enlever à l’Italie l’assistance de la France par le traité de Madrid ; il tenta au mois de juin d’enlever l’appui de l’Italie au roi de France par un arrangement direct avec le pape et avec Francesco Sforza.

Il avait déjà fait partir d’Espagne pour l’Italie le prieur de Messine, don Ugo de Moncada, qu’il chargea de cette mission. Moncada devait offrir au duc Sforza d’être réintégré dans son état, pourvu qu’il se soumît à une justification que rendrait facile l’indulgence

  1. « Non avea fatto da buon cavagliero ne da buon gentiluome, ma mechantemente e malemente. » Castiglione, p. 77.
  2. Ibid. — Navagero, dans sa dépêche du 8 septembre, raconte cette scène dans des termes semblables, p. 190-192 et notes 188 et 189 de la p. 262.