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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/230

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électrique, qui a reçu des perfectionnemens inespérés en ces derniers temps, et qui, en conservant son caractère primitif de merveilleuse intensité, satisfait aujourd’hui à des conditions de bon marché et de sécurité qu’elle était loin de remplir autrefois. Tant que l’électricité n’a été engendrée que par des agens chimiques, au moyen des piles de diverse nature, il était impossible d’appliquer ce fluide à des usages industriels ; le prix de revient en était trop élevé et la production trop incertaine. Depuis peu, on produit l’électricité à la vapeur, c’est-à-dire au moyen d’une machine magnéto-électrique dont les organes essentiels sont des aimans fixes autour desquels tournent des aimans mobiles. La rotation de ces derniers est obtenue par une machine à vapeur. L’électricité ainsi engendrée est conduite par des fils métalliques sur deux crayons de charbon qui sont un peu écartés, et dans le trajet de l’un de ces charbons à l’autre elle donne naissance à un arc lumineux très court, d’une blancheur éclatante et d’une intensité extraordinaire. Remarquons en passant que l’ensemble de ces machines est un exemple curieux de la transformation réciproque des agens physiques l’un en l’autre. En effet, avec la chaleur on crée de la vapeur, avec la vapeur de la force motrice, avec la force motrice de l’électricité, et enfin avec l’électricité de la lumière. Ceci montre encore combien l’électricité est loin d’être en mesure de se substituer à la vapeur comme générateur de force motrice, puisque la vapeur est aujourd’hui le mode le plus économique de produire de l’électricité.

L’introduction de la lumière électrique dans les phares présentait certaines difficultés de détail que les ingénieurs surmontèrent par des études et des essais prolongés pendant plusieurs années. Toutefois les résultats obtenus après une longue expérience à l’un des phares de la Hève, près du Havre, ne sont pas encore tellement nets qu’il puisse être question de substituer partout ce mode d’éclairage à celui qui a été adopté jusqu’ici. La flamme électrique a de tout autres dimensions que la flamme d’une lampe à huile. Tandis que celle-ci mesure, dans les lampes à quatre mèches concentriques des phares de premier ordre, dix centimètres de haut et environ neuf centimètres de large, la première n’a guère qu’un centimètre sur un centimètre et demi. Elle est donc beaucoup plus petite, ce qui semblerait au premier abord favorable à la concentration des rayons que l’appareil lenticulaire doit opérer. Cependant l’expérience a prouvé que cette concentration ne doit pas être trop parfaite, parce que si les faisceaux lumineux qui émergent de la lentille sont trop minces, la plus légère erreur d’orientation suffit pour les envoyer trop haut ou trop bas, et l’horizon maritime n’est plus illuminé comme il convient. Cette difficulté pratique n’est