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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/224

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cependant un perfectionnement remarquable qui a été introduit par Arago et Fresnel dans ces appareils d’éclairage. Au siècle dernier, Rumford avait suggéré l’idée d’amplifier le pouvoir éclairant des lampes en y adaptant des becs à plusieurs mèches concentriques ; mais lorsqu’on avait essayé d’en faire l’application, on avait éprouvé beaucoup de difficultés à régler la flamme de ces mèches multiples et à empêcher la carbonisation rapide des mèches sous l’action de la chaleur intense que développe la combustion. C’est par l’étude de cette question que Fresnel et Arago commencèrent leurs belles expériences sur l’éclairage des phares. Après des essais réitérés, ces deux savans arrêtèrent le type des lampes actuelles, remarquables non-seulement par la blancheur et l’intensité de la lumière qui en émane, mais aussi par la longue durée de leur marche, car elles peuvent fonctionner plus de douze heures sans qu’il soit nécessaire d’y toucher. Il est aisé de comprendre que ce dernier avantage est d’une importance capitale pour des feux qui doivent rester allumés pendant toute la durée des plus longues nuits d’hiver. Aujourd’hui les phares de troisième ordre sont éclairés par des lampes à deux mèches concentriques, ce qui constitue en quelque sorte deux lampes en une seule. Il y a trois mèches dans les lampes des phares de second ordre et quatre mèches dans ceux du premier ordre. Dans ces derniers on arrive à produire avec un seul appareil d’éclairage l’éclat de vingt-trois lampes Carcel. Le foyer lumineux, doué d’une si grande puissance, ne présente cependant qu’une flamme de largeur médiocre, et la lumière en est aussi blanche que brillante. Ces conditions sont surtout avantageuses lorsqu’on veut obtenir une projection lointaine des rayons lumineux au moyen des appareils optiques dont il va être question.

Au moment où la lampe d’Argant venait d’être inventée, un savant français, Teulère, ingénieur en chef de la généralité de Bordeaux, s’occupait d’améliorer l’éclairage du phare de Cordouan, à l’embouchure de la Gironde. Ce beau phare existait depuis plus d’un siècle et demi, et chaque nuit un grand feu de charbon de terre était allumé au sommet ; cependant les marins se plaignaient sans cesse qu’il ne fût pas visible d’assez loin en mer. Teulère eut l’idée de remplacer le feu de charbon par des lampes et d’amplifier le pouvoir éclairant du foyer lumineux au moyen de réflecteurs paraboliques qui tourneraient d’un mouvement lent derrière la flamme et promèneraient tour à tour les rayons de lumière sur tous les points de l’horizon maritime. Il pensait obtenir ainsi une illumination beaucoup plus vive. Voici le principe assez simple sur lequel ce nouveau système reposait. Un feu isolé dans l’espace verse sa lumière dans toutes les directions, non-seulement autour du