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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/185

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peut pas s’effacer en un jour pour faire place comme par enchantement à des sentimens de fraternité. Cependant un demi-siècle d’incontestable bon vouloir doit aussi compter pour une épreuve réelle, quoiqu’il puisse ne pas suffire à racheter toutes les conséquences de plusieurs siècles de mauvais gouvernement. Le plus sage ne serait-il pas de chercher à s’entendre et d’accepter franchement les ouvertures de conciliation qui sont faites avec une entière sincérité ? Le clergé catholique, qui a été jusqu’ici le véritable boulevard de la résistance irlandaise, songerait-il à entrer dans cette voie ? Sa conduite aux dernières élections et vis-à-vis de la conspiration des fenians autorise au moins quelques présomptions dans ce sens, et ces présomptions deviennent presque des probabilités, si, comme on peut le supposer, le clergé est d’accord avec la conférence de Dublin, qui demande dans son programme une dotation pour l’église catholique d’Irlande. Ce n’est pas une affaire qui puisse se résoudre sans de grandes difficultés ni de très vifs débats ; il y a néanmoins tout lieu de croire que si la majorité du public anglais était convaincue que le clergé catholique acceptera la dotation de bonne grâce, on la voterait avec bonne grâce aussi, que l’on saurait même gré aux catholiques de leur acceptation, et que l’on en serait d’autant plus disposé à leur faire de nouvelles concessions en matière d’instruction publique, à leur accorder ce qu’ils désirent si vivement, — la création d’une université catholique à Dublin. Si jamais ces choses arrivent, et il n’en faut pas désespérer, ce sera l’une des plus belles victoires que l’esprit libéral aura jamais remportées : maître de la situation par le nombre, par les lumières, par les richesses, par tout ce qui constitue le pouvoir en ce monde, il aura racheté autant qu’il était en lui les fautes des siècles passés, il aura vaincu par la tolérance et par la générosité la résistance morale d’une minorité qui semblait être inconciliable.


IV

Les élections de 1865 ont donné une grande majorité au parti libéral dans la chambre des communes, mais la prépondérance de cette majorité ne l’affranchit pas de tout souci pour l’avenir. On comprendra mieux les difficultés de la situation, si l’on soumet à une analyse scrupuleuse les élémens qui composent la nouvelle chambre. C’est un sujet difficile et délicat, mais que nous croyons devoir aborder.

Le plus grand nombre des membres de la chambre des communes appartient à cette classe de la société que l’on désigne en Angleterre sous le nom de gentry, un mot que nous