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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/184

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dans l’école puseyiste. Ces exemples si péremptoires des progrès que les sentimens de tolérance ont faits dans les cœurs non moins que dans les lois ont été appréciés par le clergé catholique d’Irlande, et il a montré qu’il en avait de la reconnaissance au gouvernement par sa conduite aux élections en appuyant à peu près partout les candidats qui s’engageaient à voter avec le ministère, et par la condamnation que dans ses chaires il a prononcée contre le fenianism, qui d’ailleurs l’attaquait lui-même comme complice des Saxons.

Il y a peut-être aujourd’hui dans cette accusation quelque chose de plus vrai qu’on ne pense, surtout si l’on en juge par le manifeste qu’ont lancé vingt-deux des députés irlandais réunis en conférence à Dublin pour rédiger le programme des griefs de l’Irlande et des questions à proposer ou à soutenir dans le nouveau parlement. Ces vingt-deux personnages, dont plusieurs ont été jadis compromis dans les troubles politiques du pays, et qui sont considérés comme les créatures ou les amis les plus fidèles du clergé catholique, formulent d’abord, par nécessité sans doute, sur la législation des fermages (tenant’s right), sur le remaniement des propriétés de l’église établie, sur l’instruction publique, diverses demandes au sujet desquelles il n’est pas probable qu’ils obtiennent de si tôt satisfaction complète ; cependant ils avancent aussi quelques propositions qui seraient peut-être plus près de recevoir une solution pratique, s’il est vrai toutefois que l’on doive les regarder eux-mêmes comme les mandataires du clergé. Les difficultés du gouvernement de l’Irlande ne viennent pas seulement de l’oppression sous laquelle le pays a été tenu pendant des siècles, elles viennent aussi des Irlandais eux-mêmes. Toutes les concessions qui depuis quarante ans bientôt ont été faites à l’Irlande, on peut dire qu’elles ont été faites en dehors des Irlandais eux-mêmes, qui, au lieu de consentir à les discuter, ne fût-ce que pour se les rendre plus acceptables, semblent prendre plaisir à se retrancher dans leurs éternels griefs comme des assiégés dans une citadelle qui ne veut pas se rendre. Tout ou rien, c’est la devise qu’ils ont appliquée avec une persévérance, avec un dévouement qui leur donne des droits à la considération et à la sympathie générales ; mais ce n’est pas une devise qui réussisse ordinairement dans les affaires de ce monde. Aussi seraient-ils sans doute plus avancés dans la revendication de leurs droits, s’ils avaient mieux reconnu la bonne volonté que depuis quarante ans au moins le gouvernement anglais a toujours montrée lorsqu’il s’est agi de leur accorder des réparations. Pitt lui-même avait eu le dessein de faire l’émancipation des catholiques. Sans doute le ressentiment d’aussi longues souffrances que celles de l’Irlande ne