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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 62.djvu/179

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l’on consultait répondaient que, dans la période de transformation où se trouvait l’artillerie, il était très difficile de savoir quel parti prendre, puisqu’on ignorait avec quelles armes seraient attaquées les fortifications qu’il s’agissait d’élever. Lord Palmerston en savait encore moins que les officiers du génie, mais il tenait à son idée avec une opiniâtreté extrême, si bien qu’il finit par l’emporter. La chambre se résigna, à son grand regret, mais en limitant à 2 millions de livres sterling la somme qu’il serait permis de consacrer annuellement à ces fortifications, — et comme il était impossible de faire entrer dans les cadres réguliers du budget des dépenses dont l’objet était aussi peu précis, elle décida qu’on les paierait au fur et à mesure des besoins, soit sur les excédans des recettes, soit au moyen d’obligations portant intérêt et remboursables par annuités. C’était le seul moyen de se tirer de la difficulté.

Les finances, c’est le côté solide et brillant de l’administration que présidait lord Palmerston et du parlement qui l’aidait à gouverner. La nation leur en était d’autant plus reconnaissante que, si l’on veut être scrupuleusement juste, il faut ajouter que ces heureux résultats étaient le fruit de la sagesse et du talent beaucoup plus que d’un concours de chances favorables. Le ministère et le parlement avaient hérité de très lourdes charges ; ils avaient trouvé en voie d’exécution des travaux qui ne pouvaient être abandonnés, notamment la reconstruction de la flotte et la création d’un nouveau matériel d’artillerie, rendues surtout nécessaires par un sentiment de défiance assez généralement répandu sur la valeur des moyens de défense nationale. A ce sentiment on a répondu par l’organisation des volontaires, institution dont la valeur peut être diversement appréciée, mais dont l’existence est la plus éloquente preuve qui se puisse donner de l’honnête et absolue confiance que toutes les classes de la nation éprouvent l’une pour l’autre. Souffrir, disons mieux, favoriser la création dans son sein d’une armée de plus de 160,000 hommes, qui se recrute principalement dans les classes ouvrières des grandes villes, qui dispose de 415 batteries ou 2,490 pièces de canon, qui se réunit quelquefois au nombre de 20 ou de 25,000 hommes, qui se gouverne et s’administre dans une indépendance presque complète, c’est fournir le témoignage le plus éclatant de l’union qui règne entre toutes les classes. Un autre mérite de l’institution, c’est qu’elle n’a pour ainsi dire rien coûté au budget. Il n’en pouvait être de même des dépenses à faire pour la flotte et pour l’artillerie ; à celles-là il fallut pourvoir avec l’argent du trésor, avec des impôts qui embarrassèrent les débuts de l’administration. La guerre civile aux États-Unis, la disette du coton, qui éprouva si cruellement les classes ouvrières, furent d’autres causes d’embarras très graves, et qui, elles aussi, n’étaient pas du fait